Le monde romain attaqué sur tous les points s’écroulait ou s’émiettait sous le choc des armées barbares. Chaque chef de tribu important cherchait à se tailler sa part, Sicambres, Francs, Alains, Burgondes, Wisigoths s’arrachaient des morceaux de la Gaule. A barbare, barbare et demi; derrière ceux-ci qui s’étaient établis et lotis, et cessaient de ravager le pays où ils se fixaient, s’avançait un ennemi plus farouche, l’effroyable ravageur asiatique, poussé par le vertige du carnage et de la destruction. C’était Attila et ses hordes qui venaient de saccager toutes les villes de l’est, Trèves, Reims, Metz. Devant l’ouragan dévastateur, la pauvre Lutèce, derrière son faible rempart, dut se croire à son dernier jour.

C’est à ce moment que se place la légende de sainte Geneviève de Nanterre, non simple bergère quand elle prit le voile, mais fille d’habitants notables, chrétiens ardents en relation avec l’évêque saint Germain d’Auxerre. Comme les Parisiens découragés à l’approche des terribles Huns allaient se décider à abandonner leur ville, Geneviève s’interposa, elle leur rendit le courage et leur prédit que l’invasion respecterait Paris. L’événement ayant réalisé ses prédictions, Geneviève, fixée à Paris, écoutée, vénérée, devint à côté des évêques comme une bergère d’âmes. Elle mourut au temps de Clovis et fut enterrée dans la basilique de Saint-Pierre-et-Saint-Paul fondée par Clovis sur le mont Lucotitius, où Clovis et Clotilde eurent à leur tour leur sépulture, et qui devint par la suite, de reconstruction en reconstruction, l’abbaye de Sainte-Geneviève, c’est-à-dire le lycée Henri IV actuel et notre Panthéon, sarcophage des grands hommes.

Que devient Paris dans la confusion de ces temps, quand les royaumes francs se font, se défont et se refont, et qu’un monde nouveau s’organise? L’obscurité enveloppe ces commencements laborieux, il ne surnage d’autres souvenirs que les grands faits, les guerres, les massacres, les alliances, les absorptions de peuples...

Le municipe gallo-romain, peu à peu, devient la capitale politique de ces rois barbares qui, lorsqu’ils ne sont pas en expéditions, vivent au loin, dans leurs châteaux de bois entourés de fermes et de forêts.

Paris christianisé remplace ses temples par des églises, les édifices romains disparaissent; les monuments qui s’élèvent sont rudes et grossiers, mais si leur architecture n’est plus la copie régulière des monuments de Rome elle laisse deviner, sous sa rudesse barbare, la sève d’un art national qui s’élabore et se prépare à dominer tous les autres, quels qu’ils soient, par les merveilles romanes et ogivales.

Le roi ou quelque leude investi du titre de comte de Paris, ou bien un maire du palais de rois fainéants, réside dans le Palais de Julien ou dans celui de la Cité. Paris, malgré les désordres et les misères du temps, continue à prospérer matériellement, puisqu’il s’agrandit et déborde sur les deux rives.

LES ARÈNES DE LUTÈCE RETROUVÉES

Les grandes abbayes se fondent dans la banlieue, s’entourent de murailles à l’abri desquelles viennent se grouper des habitations, embryons de bourgs que Paris enveloppera et absorbera un jour: l’abbaye de Sainte-Geneviève, proclamée patronne de Paris, sur qui elle semble veiller de la hauteur où le monastère est assis; l’abbaye de Saint-Germain des Prés, au milieu des prairies, presque sur la Seine, fondée par Childebert au VIᵉ siècle; l’abbaye de Saint-Denis, bourg plus éloigné, annexe de Paris que Paris n’a pas encore atteint, fondée en l’honneur du légendaire évêque de Lutèce, au IIIᵉ siècle, martyrisé à Montmartre, patron de Paris et des vignobles parisiens, quand il y avait encore des vignobles parisiens. Des églises s’élèvent dans les faubourgs et dans l’île, petites églises de la cité qui se perpétueront, et qui disparaîtront dans les démolitions de la Révolution ou dans la grande transformation entreprise de nos jours dans l’île mère.

Et les siècles passent. La France et Paris se bâtissent peu à peu sous la rude main des chefs mérovingiens, sous celle des maires du palais quand la race de Klodowig s’abâtardit, quand le trône hissé sur les cadavres de frères, d’oncles ou de neveux n’est plus qu’un simple fauteuil pour ses faibles successeurs.