A NOTRE-DAME
CHAPITRE II
LA CROISSANCE

La cité de Paris.—Le temple de Jupiter devient l’église cathédrale Notre-Dame de Paris.—Les petites églises de la Cité.—Saint-Jean le Rond et les Enfants trouvés.—Très haut et très puissant seigneur le chapitre de Notre-Dame.—Le cloître et ses premières écoles.—Guillaume de Champeaux et Abélard.—Naissance de l’Université.—Les légendes: le diable Biscornette.—L’anneau de la Vierge.—Le grand Jeusneur.—Folies et mascarades des fêtes de l’âne, des fous et des innocents.—Diables, guivres et chimères.

A NOTRE-DAME

ENFIN le XIIIᵉ siècle,—qui mérite autant que le XVIIᵉ, pour la France arrivée à son complet développement, le nom de grand siècle,—le grand siècle du moyen âge va se lever sur un monde sortant de la confusion, rajeuni, plein de sève et de force, et sur une société organisée tout autrement que nous la comprenons maintenant, posée sur d’autres bases, mais fortement constituée et douée d’une vitalité assez vigoureuse pour affronter les siècles d’orages qu’elle aura bientôt à traverser.

C’est l’époque où le moyen âge, dans toutes ses institutions, se rapproche le plus de son idéal et donne sa plus complète expression en tout. C’est le siècle où la pensée s’efforce de se dégager des ténèbres et des enveloppements de la scolastique, et entrevoit la science; où l’Université fait de Paris la grande école des peuples et de la montagne Sainte-Geneviève le plus haut sommet d’Europe; où l’art, le grand magicien décorateur de la vie, après des siècles de tâtonnements et de progrès vers le beau, arrive à un merveilleux et vraiment sublime épanouissement.

Le cœur de Paris, à ce moment de son histoire, il est vraiment là, dans l’île de l’antique Lutèce, dans cette glorieuse Cité où la grande cathédrale, la nouvelle Notre-Dame, achève de se construire et domine de ses tours, de sa flèche élancée, de ses mille pinacles dissemblables, clochers, flèches, tours et tourelles hérissant l’île et les deux rives du fleuve.

La Cité d’ailleurs est centre religieux par sa cathédrale et centre politique par son palais, qu’habitent les rois, seigneurs de ce petit jardin d’île de France auquel peu à peu, par l’adresse, la politique ou la force, ils réunissent les seigneuries, les terres, les provinces, arrondissant de plus en plus le domaine royal, noyau d’agglomération dans le morcellement féodal.

Bien des édifices se sont remplacés l’un l’autre, sur l’emplacement du temple gallo-romain où le Christ a succédé à Jupiter, en attendant qu’il soit un instant remplacé par l’Être Suprême et la déesse Raison de 93.

Il y a eu d’abord au IVᵉ siècle une première église dédiée à saint Étienne martyr, église à côté de laquelle s’éleva la cathédrale mérovingienne bâtie au commencement du VIᵉ siècle par le roi Childebert, en reconnaissance de la guérison d’une grave maladie. De cette cathédrale, d’art encore à demi romain et non roman, il reste quelques débris et une description du moine poète Fortunat qui célèbre ses splendeurs en vers enthousiastes; les débris, des fragments de colonnes, des chapiteaux corinthiens se peuvent voir au palais des Thermes. Une particularité de cette église signalée par Fortunat, c’est que là pour la première fois les fenêtres furent garnies de verrières transparentes où «les feux tremblants de l’aurore naissante semblent se jouer jusque dans les lambris»...