La lance de Montgommery en frappant Henri II dans le dernier tournoi chevaleresque fut comme la baguette magique qui donna le signal de la transformation, bien lente il est vrai.
Le palais des Tournelles avait succédé comme demeure royale à l’hôtel Saint-Paul, le vieil hôtel des grands esbattements; la cour occupait, de l’autre côté de la rue Saint-Antoine, juste sous la Bastille, le vaste palais ceint d’une muraille que flanquaient de place en place les tournelles ou tourelles qui lui avaient valu son nom.
HÔTEL SULLY, FAÇADE SUR LA RUE SAINT-ANTOINE. ÉTAT ACTUEL
Des lices, un champ clos pour tournoyer tenaient un large espace bordé de bâtiments à galeries. Les grandes joutes chevaleresques données en 1559 à l’occasion des accordailles de la fille du roi avec Philippe II d’Espagne et des noces de Marguerite, sœur du roi, avec Emmanuel Philibert, duc de Savoie, coûtèrent la vie au roi de France et au palais des Tournelles.
Le tournoi fatal, dans des lices spécialement établies entre la Bastille et le Palais, dura quatre jours. A la fin du quatrième jour, le roi ayant déjà rompu quelques lances, voulut malgré l’avis de certains seigneurs saisis d’un vague pressentiment, courir une dernière joute et tenter de faire vider les arçons à Montgommery, capitaine de sa garde écossaise, «grand et raide jeune homme» qu’il avait déjà ébranlé une première fois. Le choc eut lieu; par malheur, Montgommery oublia de jeter aussitôt sa lance rompue; le bois de cette lance donna dans la visière du roi et s’enfonça dans un œil.
Le roi tomba de son cheval à moitié mort déjà.
Malgré toute la science des premiers chirurgiens, et bien qu’on eût fait toutes les expériences et essais possibles sur les têtes de quatre criminels décapités au Grand Châtelet, on ne put retirer les esquilles logées dans le cerveau et, après dix jours d’horribles souffrances, Henri II trépassa, à peine âgé de quarante-trois ans.
Catherine de Médicis prenant les Tournelles en horreur, les quitta sur-le-champ et finit par obtenir de Charles IX en 1563 un arrêt de démolition.
Cette démolition se fit très lentement, les Tournelles restèrent longtemps à l’état de ruines dont on ne savait que faire, entourées de terrains vagues où se tint même un marché aux chevaux. Les événements n’étaient guère favorables, la Ligue et la guerre civile donnaient d’autres sujets de préoccupations aux rois qui se succédaient sur un trône en état de démolition aussi.