Henri III éleva à Quélus et Maugiron, réunis à Saint-Mesgrin tué rue Saint-Honoré, un tombeau magnifique dans Saint-Paul, avec des inscriptions où sa douleur s’épanchait en vers et en prose. Saint-Foix dans ses Essais sur Paris donne, entre autres, l’étrange épitaphe de Maugiron, gravée sur le tombeau détruit en 1588 par les ligueurs:

La déesse Cyprine avait conçu des Cieux,
En ce siècle dernier, un enfant dont la vue
De flammes et d’éclairs était si bien pourvue
Qu’Amour, son fils aîné, en devint envieux.
Chagrin contre son frère et jaloux de ses yeux
Le gauche lui creva, mais sa main fut déçue
Car l’autre qui était d’une lumière aiguë
Blessait plus que devant les hommes et les Dieux.
Il vint en soupirant s’en complaindre à sa mère;
Sa mère s’en moqua; lui tout plein de colère
La Parque supplia de lui donner confort
La Parque, comme Amour en devint amoureuse;
Ainsi Maugiron gît sous cette tombe ombreuse,
Et vaincu par l’Amour et vaincu par la mort.

C’est seulement en 1605 que disparurent les dernières ruines du palais des Tournelles et avec elles les restes de ses jardins. Sur cet emplacement abandonné, qui peu à peu prenait un aspect misérable et devenait, par sa population sordide, une vraie cour des miracles, Sully avait fait décider par Henri IV la création d’une vaste place carrée qu’on appellerait place de France et sur laquelle viendraient aboutir huit grandes rues destinées à porter des noms de huit provinces. Le temps manqua au Béarnais pour exécuter complètement le projet de Sully, la place seule fut achevée et encore seulement au commencement du règne de son successeur, en 1612.

HÔTEL LA VIEUVILLE, RUE SAINT-PAUL (1895)

La place Royale par sa noble et symétrique ordonnance, ses arcades ininterrompues, ses pavillons réguliers aux immenses combles, ses grandes lignes, son heureux mélange de pierres et de briques demeure un spécimen complet et précieux de l’architecture des commencements du XVIIᵉ siècle.

Sur les deux grands côtés du rectangle, deux hauts pavillons dominent les autres, l’un ouvrant sur la rue de Birague par trois larges arcades, du côté de la rue Saint-Antoine, est le pavillon du Roi; il porte d’ailleurs pour le rappeler, au fronton de la fenêtre centrale du principal étage, le buste du bon Henri à la barbiche souriante. Le pavillon qui lui fait face, ouvert également par trois arcades, s’appelle le pavillon de la Reine.

Henri IV bâtit lui-même la face méridionale, côté du pavillon du roi, et l’on raconte qu’il venait souvent, comme un particulier qui se livre à la bâtisse, surveiller ses maçons, dont il ne devait malheureusement pas voir l’œuvre achevée. Les terrains des autres faces avaient été mis en adjudication, à charge pour les acquéreurs de bâtir aussitôt suivant les plans arrêtés. Grands seigneurs et riches parlementaires s’étaient disputé les terrains. Le quartier était lancé. En même temps que les hôtels de la place Royale sortaient de terre, d’autres constructions s’élevaient rapidement aux alentours, sur tous les emplacements libres, couvrant le vieux Marais de logis princiers, de beaux hôtels aristocratiques.

Les somptueux logis de la place Royale aux majestueux appartements d’une seigneuriale hauteur de plafonds, ouvrant au-dessus des arcades leurs balcons ventrus, eurent parmi les premiers occupants les Rohan-Guémenée, le marquis de Vitry, le maréchal de Lavardin, le marquis de Tresmes, le duc de Chaulnes, etc... On y vit plus tard les Rohan-Chabot, le marquis de Dangeau, le duc de Richelieu et bien d’autres parmi les noms les plus illustres. Un seul hôtel est resté depuis la fondation jusqu’à nos jours dans la famille de l’acquéreur primitif, c’est l’hôtel d’Escalopier, au numéro 25.

Bientôt trois siècles se sont écoulés depuis ces temps, la place Royale n’a plus cette brillante population qui faisait de ce vaste carré rouge et blanc quelque chose comme une immense cour de château, les nobles seigneurs se sont envolés, mais elle a gardé son grand air. Cette douairière ne vieillit pas trop et se défend contre les atteintes du temps. Ses hôtels ont à l’intérieur gardé de beaux restes de leur splendeur, et conservé extérieurement leurs vieux balcons.