Entre les arcs de triomphe toutes les rues étaient décorées, enguirlandées de verdure, jonchées d’herbes et de fleurs; de riches tapisseries flottaient aux fenêtres, les hôtels et les maisons des bourgeois se paraient de longues bandes de satin. Pour voir tout cela, pour voir défiler le cortège, la reine mère s’en vint chez Mᵐᵉ de Beauvais et prit place sur le balcon au-dessus de la grande porte avec Henriette d’Angleterre, avec Mazarin, Turenne et d’autres grands personnages. Et le cortège en passant fit halte devant l’hôtel pour laisser échanger les compliments entre le roi et sa mère... Ce glorieux balcon n’est plus, ou du moins il a été modifié quand la façade a été abîmée par le financier Orry entre les mains brutales de qui la propriété passa en 1704.

L’hôtel de Beauvais bâti sur le plan le plus irrégulier, tout en zigzags, sur la commerçante rue Saint-Antoine d’alors, l’hôtel seigneurial avait des boutiques au rez-de-chaussée; il les a encore. Entre ces boutiques s’ouvre un long passage aboutissant à un porche en rotonde soutenu par huit hautes colonnes, devant lequel se développe une belle cour à demi circulaire dans le fond pour le rez-de-chaussée seulement, en écuries et remises; une terrasse sur ces écuries se continue en balcon porté sur de fortes consoles autour de la cour, au-dessus de laquelle terrasse la chapelle encadrée de colonnes fait face au portique d’entrée. Le grand escalier à gauche sous la rotonde est également un superbe morceau avec colonnes et motifs de sculptures. Mais il faut voir le plan de l’hôtel pour se rendre compte du parti merveilleux tiré par Lepautre de son terrain et de l’ingéniosité des dispositions. Sous ce rapport l’hôtel de Beauvais est unique. Loret, dans ses gazettes rimées, parle plus d’une fois et des visites d’Anne d’Autriche à sa confidente et amie, et des merveilles de l’hôtel tout battant neuf, admiré par les gens de la cour, qui n’épargnaient pas d’ailleurs les épigrammes à la propriétaire jalousée.

Après Mᵐᵉ de Beauvais, après le financier son successeur qui fut un maltôtier peu scrupuleux, après ses héritiers de meilleure réputation, la maison logea l’ambassadeur de Bavière. Logis inviolable alors, local interdit au contrôle de la police, l’hôtel fut un tripot fréquenté par les joueurs et les filous de haut vol.

Bien national en 93, l’hôtel eut ses magnifiques appartements d’autrefois fort abîmés et partagés en petits locaux, tandis qu’une entreprise de diligences utilisait ses grandes écuries et ses remises.

Dans la rue de Jouy, au nº 7, derrière l’hôtel de Beauvais, Mansart a bâti pour le duc d’Aumont un hôtel occupé aujourd’hui par la Pharmacie centrale, façade imposante, mais d’une élégance assise un peu lourdement. L’antique rue Geoffroy-l’Asnier, ruelle plutôt, a gardé au nº 26, juste devant la non moins étroite rue Grenier-sur-l’eau qui arrive pittoresquement sous l’abside de Saint-Gervais où jadis était le cimetière, un autre logis bien plus remarquable. C’est l’hôtel de Châlons-Luxembourg, élégante construction en briques et pierres du commencement du XVIIᵉ siècle ou de la fin du XVIᵉ, élevée sur la cour derrière un autre bâtiment dans lequel s’ouvre une grande porte, d’une ampleur superbe.

Un grand arc, souligné par une frise à rinceaux, encadre un beau cartouche largement traité, destiné à recevoir des armoiries disparues, et sur lequel on trouve seulement l’indication que l’hôtel était de Châlons en 1625 et de Luxembourg en 1659. Les boiseries de la porte elle-même sont un chef-d’œuvre de menuiserie et le marteau de bronze une véritable petite merveille.

Dans le quartier près de la Seine qui renferme tant de maisons des XVᵉ et XVIᵉ siècles sans compter les débris plus anciens, il y a encore les hôtels la Vieuville et Fieubet. Tous deux, comme les maisons voisines, ont été construits sur l’emplacement du séjour royal de Saint-Paul. La Vieuville, à l’extrémité de la rue Saint-Paul présente encore sur sa cour de beaux et solides bâtiments en briques et pierres qui cachent peut-être quelques débris des écuries royales achetées

LA COUR DE L’HÔTEL DE BEAUVAIS

sous François Iᵉʳ par Galliot de Genouillac, grand maître de l’artillerie. Le marquis de la Vieuville qui a donné son nom à l’hôtel est ce ministre de la jeunesse de Louis XIII, surintendant des finances, qui fit entrer Richelieu au conseil du roi et que tout de suite Richelieu supplanta.