Avant que les moulins n’eussent déguerpi, un homme pouvait, de son logis de la rue d’Argenteuil formée avec l’ancien chemin de ce nom, les regarder tourner au-dessus de tous les tripots et cabarets, où bretteurs, amis du désordre et frondeurs s’en donnaient à cœur joie. C’était Corneille dont la maison a subsisté au nº 18 de cette rue jusqu’à ce que l’avenue de l’Opéra, opérant sa grande trouée, l’emportât avec ce qui restait de la butte elle-même et sa charge de maisons très serrées. Ce quartier après les souvenirs lointains que nous venons de réveiller n’avait plus eu que des souvenirs littéraires, épicuriens ou galants au XVIIIᵉ siècle. Les noms illustres ou célèbres ne manquent pas: après Lulli, Mignard, La Fontaine, on y trouve Voltaire, Rousseau, Grimm, d’Holbach, Helvétius, etc., en voisinage avec filles d’opéra ou filles du monde, avec bien des cabarets plus ou moins fameux. La politique reparut autour de Saint-Roch aux jours suivants, le terrible club des Jacobins était trop voisin et Robespierre aussi qui demeurait rue Saint-Honoré, chez les Duplay; quand la Terreur prit fin, que le club terroriste fut fermé, quand la réaction fit sa tentative de Vendémiaire, les sections royalistes vinrent se faire mitrailler sur les marches de l’église par un petit général corse d’assez pauvre mine, mais qui n’y allait pas de main morte...
Maintenant l’avenue percée à travers ce qui était encore banlieue il y a deux siècles est artère centrale, le grand Paris continue à dévorer ce qui était naguère encore cultures ou villégiatures champêtres; nous l’avons vu faire des bonds de quelques kilomètres dans sa rapide poussée vers l’ouest et dans tel grand quartier surgi depuis vingt ans, il n’y a pas bien loin, on peut le dire, du dernier lièvre abattu, des derniers choux poussés, aux vraiment superbes architectures qui s’élèvent tous les jours pour rattacher le Paris moderne au Paris des grandes époques, en faisant oublier des temps intermédiaires bien indigents de style.
LUCARNE DE L’HÔTEL MONTHOLON, AU MARAIS
LE CLUB DES JACOBINS (RUE SAINT-HONORÉ)
TABLE DES CHAPITRES
| [Chapitre Premier.—L’ILE BERCEAU] | |
|---|---|
| Le cœur de Paris et ses déplacements.—Lutèce gauloise.—Le village insulaire entre maraiset forêts.—L’arrivée du Romain.—Premier siège et premier incendie.—Camulogèneet Labiénus.—Lutèce gallo-romaine.—Le premier coup d’État militaire.—Unempereur de Paris.—Le Palais de Julien aux Thermes.—Les Nautes.—Les arènesparisiennes.—Lutèce mérovingienne.—Sainte-Geneviève.—Le Palais des Comtes deParis dans la Cité.—Les marchands de l’Eau | [1] |
| [Chapitre II.—LA CROISSANCE] | |
| La cité de Paris.—Le temple de Jupiter devient l’église cathédrale Notre-Dame de Paris.—Lespetites églises de la Cité.—Saint-Jean le Rond et les Enfants trouvés.—Trèshaut et très puissant seigneur le chapitre de Notre-Dame.—Le cloître et ses premièresécoles.—Guillaume de Champeaux et Abélard.—Naissance de l’Université.—Leslégendes: le diable Biscornette.—L’anneau de la Vierge.—Le grand Jeusneur.—Folieset mascarades des fêtes de l’âne, des fous et des innocents.—Diables, guivres etchimères | [17] |
| [Chapitre III.—LES TROIS GRANDES ABBAYES DE LA RIVE GAUCHE] | |
| L’abbaye de Sainte-Geneviève.—Clovis et Clotilde.—Saint-Germain des Prés, fondationde Childebert.—La sépulture des rois mérovingiens.—Les Normands.—Massacres etdévastations.—L’Abbaye, petite ville féodale à côté de Paris.—Le réfectoire, fabriquede poudres.—L’explosion et l’incendie.—Ruine définitive.—Le Pré aux Clercs.—Luttesavec les Escholiers.—La foire Saint-Germain.—Les abbés commendataires.—L’abbayede Saint-Victor.—Les jardins des chanoines.—La Bièvre.—Ce qui reste destrois abbayes | [35] |
| [Chapitre IV.—LE PARIS DES ÉGLISES ET DES COUVENTS] | |
| I.—La légende de Saint-Julien l’Hospitalier.—Au cimetière Saint-Severin.—Opéré oupendu.—Inscriptions macabres.—Les reclusoirs et les recluses.—Saint-Yves des Avocats.—Saint-Benoistle Bientourné.—Les belliqueux Augustins.—Sièges de couvents.—LesBernardins.—Le cloître des Carmes.—Les frères aux Anes.—Le couvent desCordeliers.—Désordres et bagarres.—Émeute en plain-chant.—Le corps de Marat.—Lebataillon des Marseillais.—Aux Jacobins.—Les prédicateurs de la Ligue.—LaChartreuse du Luxembourg.—Au grand Diable Vauvert | [54] |
| II.—L’enclos féodal du prieuré de Saint-Martin des Champs.—Le réfectoire et la chaire dulecteur.—Abbés trop gras et moines trop mal nourris.—Les procès de l’Epée.—Duelsjudiciaires dans la lice du prieuré.—Carrouges et Le Gris.—Les Célestins.—L’église.Musée de grands tombeaux seigneuriaux.—Les serfs de la Vierge Marie.—Aux CarmesBillettes, le dernier cloître gothique de Paris.—Le cadavre d’Etienne Marcel à Sainte-Catherinedu Val des Ecoliers.—L’abbaye de Saint-Antoine.—Pécheresses repenties.—Fondationshospitalières.—Les Haudriettes.—Les confrères de la Trinité et lesorigines du théâtre.—Les Quinze-Vingts.—Frères cordonniers et frères tailleurs | [71] |
| III.—Les églises de la rive droite.—Paroisses royales de Saint-Germain l’Auxerrois etSaint-Paul.—Au temps de la Ligue.—Saint-Eustache.—La Jussienne.—Les paroissiensde Saint-Jacques la Boucherie, écorcheurs et enlumineurs.—Les maisons de NicolasFlamel.—Saint-Merry.—Saint-Julien des Ménétriers.—La loue des jongleurs,ménestrels et musiciens.—Saint-Gervais | [97] |
| IV.—Les églises des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.—Le vandalisme à perruque et manchettesde dentelles.—Mutilations et amputations.—Saint-Etienne du Mont, Val-de-Grâce.—LaRévolution.—Les édifices déséglisés.—Fermetures et destructions.—Clubs etprisons, temples, marchés ou magasins.—La grande démolition | [117] |
| [Chapitre V.—LES COMMANDERIES] | |
| L’ordre des Templiers.—La Villeneuve du Temple.—L’église en rotonde et la grossetour.—Philippe le Bel.—Ecroulement de l’ordre.—Le Temple aux chevaliers deSaint-Jean.—Franchises et privilèges.—Le palais du grand prieur.—La prison deLouis XVI.—L’enclos de Saint-Jean de Latran.—Disparition complète | [129] |
| [Chapitre VI.—A TRAVERS LA VILLE ESCHOLIÈRE] | |
| I.—La grande Université de Paris.—Fondation de Mᵉ Robert de Sorbon.—Les quatrenations de la faculté des Arts.—La rue du Fouarre.—Les écoles de médecine.—Lecollège des Haricots et son maître fouetteur.—Les pauvres Capettes de Montaigu.—Etudiantsvagabonds.—Tavernes et mauvais lieux.—Désordres et bagarres.—Lescinquante collèges.—Immunités et privilèges de l’Université.—La procession du Landit.—Lesécoles de droit au Clos Bruneau.—Robert Estienne | [141] |
| II.—La chasse aux Huguenots de la petite Genève.—Mort de Pierre Ramus.—LaLigue.—Formation du Conseil des Seize au collège Fortet.—Les curés ligueurs.—Lajournée des Barricades.—Escarmouches autour de la place Maubert.—Le comte deBrissac bon sur le pavé.—La Commune blanche.—Misères des Écoles pendant lesiège.—Étudiants tire-laine.—Transformation du Pré aux Clercs.—Comment la reineMarguerite faisait faire ses pénitences.—La chapelle des Louanges | [160] |
| [Chapitre VII.—PARIS FÉODAL] | |
| I.—Petit palais et grands hôtels.—L’hôtel de Bourbon.—La trahison du connétable.—LesÉtats généraux de 1614 dans la grande salle de l’hôtel.—Le séjour de Nesle.—Lesfemmes des trois fils de Philippe le Bel.—Marguerite, Jeanne et Blanche de Bourgogne.—Latour de Nesle et sa légende.—Le duc Jean de Berry.—Benvenuto Cellini auPetit-Nesle.—L’hôtel de Nevers-Gonzague.—La tête de Coconas.—L’hôtel de Bourgogne.—Jeansans Peur et le duc d’Orléans.—Bourguignons et Armagnacs.—Lesbouchers de Paris.—Chaperon blanc et bonnet rouge.—Caboche et Capeluche.—Lethéâtre et l’hôtel de Bourgogne.—Gauthier-Garguille et Turlupin, successeurs de Jeansans Peur | [183] |
| II.—L’hôtel de Cluny, Guise, Soubise.—Marguerite ou Miséricorde?—Les mauvaisgarçons de Pierre de Craon.—L’assassinat de Clisson.—MM. de Guise, rois de la trèssainte Ligue.—La citadelle des Ligueurs.—Le Balafré aux Barricades.—Mˡˡᵉ deMontpensier.—L’hôtel aux Soubise.—Le séjour Barbette.—La reine Isabeau.—Meurtredu duc d’Orléans.—La lampe du meurtrier.—Savoisy.—L’hôtel du roi deSicile.—Mᵐᵉ de Lamballe à la Force | [204] |
| III.—L’hôtel des Prévôts de Paris.—Hugues Aubryot et les Maillotins.—L’hôtel d’Orléans.—Al’Abri-Coyctier.—Le fief de la Trémouille.—Magnificences de la maison àl’enseigne de la Couronne d’or.—Sa destruction.—L’hôtel des archevêques de Sens.—Tristande Salazar.—La justice sommaire de la reine Margot.—L’hôtel des abbés deCluny.—François Iᵉʳ et la veuve de Louis XII.—Les émotions du cardinal de Guise.—Leconnétable de Montmorency.—Le manoir de la Salamandre.—Le chancelierSéguier.—Catherine de Médicis.—La kermesse de l’Agio à l’hôtel de Soissons | [222] |
| [Chapitre VIII.—PARIS BOURGEOIS ET POPULAIRE] | |
| I.—Souvenirs champêtres.—Clos, granges, cultures, fermes.—La double croisée deParis.—Autour du Châtelet.—Les maîtres bouchers et la grande boucherie.—Larue Trop-va-qui-dure et la Vallée de Misère.—Grandeurs, prospérités et solennités dela grande rue Saint-Denis.—Chemin royal au commencement et à la fin des règnes.—Entréesde l’empereur Charles IV, d’Isabeau de Bavière, de Louis XI, etc.—Cortèges,spectacles et divertissements.—Les funérailles royales.—Un arbre de Jessé.—Nomsde maisons.—Anciennes hôtelleries.—Les omnibus de Blaise Pascal.—La grande rueSaint-Honoré.—L’Arbre sec.—Arbrissel ou potence?—La croix du Trahoir.—Larue de la Ferronnerie.—Aux Innocents.—Grandes halles de la mort et grand marchédes vivants | [242] |
| II.—Chronique des rues et carrefours de Paris.—Le Puits d’amour, la rue Pirouette etle Pilori des Halles.—Les rues de métiers.—Quelques bourgeois parisiens d’il y alongtemps.—Vieux noms de rues estropiés et dénaturés.—Noms bizarres.—Lesrues à mauvaise renommée.—Cabarets d’autrefois et vieilles enseignes.—La Pommede pin et les cabarets littéraires du XVIIᵉ siècle.—La maison de l’amiral Coligny.—L’hôteldu chevalier du Guet.—Les dernières tourelles de nos rues.—Les empoisonneurs.—Sainte-Croixet la Brinvilliers.—La fontaine des Innocents.—Souvenirs ducarrefour de l’Arbre sec.—Les maisons de Molière | [274] |
| [Chapitre IX.—LA PLACE ROYALE ET LE MARAIS] | |
| Le dernier tournoi.—Fêtes au palais des Tournelles.—La lance de Montgommery.—Lecombat des Mignons.—Fondation de la place Royale.—Le carrousel d’inauguration.—Lesraffinés d’honneur et la manie des duels.—L’hôtel Sully.—M. deMayenne.—L’hôtel Lamoignon.—Les logis de Gabrielle d’Estrées.—Zamet.—Lesruelles.—Précieuses et Alcôvistes.—Poètes et beaux esprits.—Mᵐᵉ de Sévigné à Carnavalet.—MarionDelorme et Ninon de Lenclos.—Le malade de la Reine.—MᵐᵉScarron.—L’hôtel de Beauvais.—Théâtres et jeux de paume.—Le Roi desHalles.—L’hôtel Salé.—Hôtels de grands seigneurs et de parlementaires.—Grandesportes et frontons sculptés | [312] |
| [Chapitre X.—LE PARIS DE LOUIS XIV ET DE LOUIS XV] | |
| La fin du Pré aux Clercs.—Développement du faubourg Saint-Germain.—Les Invalides.—LeLuxembourg.—Les ruines de la Ligue.—L’enceinte de Louis XIII.—Places,portes et statues triomphales du roi Soleil.—M. de la Feuillade et la place des Victoires.—L’hôtelde la Vrillière.—L’hôtel de Vendôme et la place des Conquêtes-Vendôme-Des-Piques.—DuelBeaufort et Nemours au marché aux chevaux.—Paris la nuit.—Premièreslanternes.—Les porteurs de falots.—Les voleurs et la police.—M. de la Reynieet M. d’Argenson.—Le Système de Law.—La grande folie de la rue Quincampoix.—Lecrime de l’Épée de bois.—Un cardinal de la Régence.—Emplacements révolutionnaires:le champ de la fédération, la place Louis XV.—La catastrophe du feu d’artifice.—Laguillotine | [355] |
| [Chapitre XI.—L’ENFANTEMENT DU PARIS MODERNE] | |
| La chaussée d’Antin.—Les Porcherons.—Le temple de Paphos.—Petites maisons etFolies.—Abatis et grandes trouées.—La disparition du vieux Paris.—La Butte desmoulins | [387] |