Entre autres particularités de ce couvent enrichi par les libéralités des princes vivants et embelli par les sépultures des princes morts, dont les religieux, à défaut de grandes œuvres, ont laissé surtout une réputation gastronomique, non usurpée, disent les mauvaises langues; les Célestins étaient le siège de la confrérie des notaires parisiens qui possédaient là une salle de réunion et y déposaient leurs archives.

De tout ce grand couvent des Célestins rien ne reste que le nom d’un quai de la Seine, formé avec l’ancien port Saint-Paul; tout autre souvenir en a disparu définitivement; quelques-uns des magnifiques monuments funéraires de l’église sont au Louvre ou à Saint-Denis; cloître, église, bâtiments, tout a été détruit. L’église après la Révolution transformée en écurie, fut abattue en 1849, les bâtiments devenus caserne, vécurent jusqu’à ces dernières années; puis le nouveau boulevard Henri IV est venu renverser cette caserne que l’on reconstruit maintenant un peu plus haut pour la garde républicaine.

Au XVᵉ siècle, le couvent des Blancs-Manteaux est un monastère d’une certaine importance; c’est en l’année 1258 que le monastère naquit, grâce aux libéralités de saint Louis, le grand fondateur de couvents, pour des moines venus de Marseille. Ces moines s’intitulaient les «Serfs de la Vierge Marie». Comme ils portaient de grands manteaux blancs sur leurs robes, le peuple les appelait les «Blancs Manteaux». Saint Louis leur avait donné une «méson et vielz places en tour pour eulz héberger delez la viex porte du Temple à Paris», c’est-à-dire en dedans du rempart.

A peine installés dans leur monastère, les serfs de la vierge Marie furent supprimés par le pape Grégoire X, comme beaucoup de petits ordres mendiants, mais ce fut pour être remplacés peu après par un autre ordre mendiant, les ermites de Saint-Guillaume ou Guillemites, qui portaient des manteaux noirs mais auxquels, malgré tout, le peuple conserva par habitude le nom de Blancs-Manteaux. En 1618, les Bénédictins remplacèrent à leur tour les Guillemites et firent peu après reconstruire l’église et le couvent. L’église existe rue des Guillemites, elle est loin d’être jolie, et on lui a donné pour portail celui de l’église des Barnabites, démolie dans la Cité, portail bien laid aussi, sans intérêt, conservé sans doute par sa laideur, quand tant de magnifiques portes gothiques étaient impitoyablement jetées aux gravats.

Les bâtiments des bénédictins, agrandis et transformés, sont devenus le siège de l’administration du Mont de Piété. Des dépendances s’en retrouvent encore près de l’église, dans la rue qui a gardé le nom de Guillemites.

Le couvent des Carmes Billettes avoisinait les Blancs-Manteaux; son cloître a par miracle échappé aux transformations des deux derniers siècles et aux démolitions de celui-ci. C’est chose rare à Paris un cloître complet, oublié pour ainsi dire, quand tous ceux du moyen âge, importants ou modestes, y ont péri. C’est un charmant cloître du XVᵉ siècle, tout petit, qui abrite ses arceaux sous l’église des Billettes reconstruite en 1756 dans le mauvais style du temps, et devenue depuis 1822 temple protestant.

L’origine de ce couvent de Carmes Billettes est curieuse. Un juif fort riche, Jonathas, prêteur sur gages, aurait en 1290 obtenu d’une femme, sa débitrice, qu’elle lui apportât, moyennant libération de sa dette, une hostie consacrée conservée à la communion de Pâques. Quand le juif Jonathas eût entre les mains l’hostie consacrée il essaya de la percer et de la découper à coups de couteau. Miracle! Sous les coups, l’hostie devient rouge et le sang du Christ en jaillit; alors le juif affolé prend un clou et un marteau, il frappe, le sang coule encore mais l’hostie résiste à la destruction, il la jette dans le feu, elle s’élève intacte au-dessus des flammes qui s’inclinent et lui font une auréole, il la reprend et la plonge dans une chaudière d’eau bouillante...

LE CLOITRE DES BILLETTES, RUE DES ARCHIVES

C’était le jour de Pâques. Comme tout le quartier était en fête et que la foule se pressait aux églises, le fils du juif dit aux enfants chrétiens devant l’église voisine: «C’est bien en vain que vous allez adorer votre Dieu, car mon père vient de le tuer.» C’est ainsi, dit la légende, que le sacrilège est découvert, on va chez le père de l’enfant, on trouve encore l’hostie dans la chaudière où l’eau bouillante n’a rien pu contre elle. Grande rumeur, le juif est arrêté, jeté dans la prison de l’évêque et bientôt après brûlé en solennité.