L’ÉGLISE DES FILLES-DIEU

Dans la rue Saint-Denis, entre la rue Grenetat et la rue Guérin-Boisseau, près d’une fontaine dite fontaine de la Reine, qui apparaît assez monumentale dans le plan Truschet, ce grand pignon est celui de la chapelle de la Trinité, hôpital fondé au commencement du XIIIᵉ siècle par deux bourgeois, Jean Pallé et Guillaume Estuacol, et appelé d’abord hôpital de la Croix de la Reine.

Une communauté de frères, les frères asniers de la Trinité, ainsi appelés par le peuple qui les voit tirant leur âne par la bride mendier par les rues, donne gîte aux pauvres voyageurs, les soigne quand ils sont malades et s’ils meurent les enterre dans le cimetière qui se trouve derrière leur chapelle.

Cette institution de charité, cet hôpital, refuge des pauvres passants, c’est tout simplement le lieu de naissance du Théâtre-Français; Thalie et Melpomène y ont eu leur berceau tout proche du grabat des voyageurs dépourvus, des pauvres pèlerins, des porte-besace errant sur les routes. L’hôpital étant passé aux Prémontrés, ces moines louèrent en 1411 une salle aux Confrères de la Passion unis aux Enfants sans Souci. Confrères et Enfants sans Souci donnaient des spectacles variés, tantôt des Mystères où les grandes scènes de la vie du Christ, de la Bible ou de la Vie des Saints s’entremêlaient d’épisodes comiques, tantôt des Farces, Sotties ou Moralités, c’est-à-dire on le voit, le drame, à grand spectacle même, et la comédie de mœurs, le vaudeville burlesque déjà, dont les couplets satiriques, fort licencieux parfois, touchaient à tout et à tous, aux événements et aux personnes en vue, avec une liberté grande. Leurs représentations avaient tant de succès que, pour certaines pièces, on dut quelquefois avancer dans les paroisses l’heure des vêpres, afin de permettre aux gens et aux prêtres eux-mêmes de s’en aller s’esjouir à la Trinité.

LES QUINZE-VINGTS A LA PORTE SAINT-HONORÉ

En 1548, pour y loger des orphelins, on retira leur salle aux Confrères de la Passion et ceux-ci, ayant reçu en outre défense de jouer désormais des pièces religieuses, s’en allèrent porter leur théâtre à l’hôtel de Bourgogne sous la tour de Jean sans Peur.

Le peuple désigne sous le nom d’Enfants bleus les enfants recueillis à la Trinité à cause de la couleur de leur habillement, comme il appelle Enfants rouges les orphelins de l’hôpital fondé sous François Iᵉʳ dans la rue Porte-Foin au Marais.

Plus bas et du même côté de la rue Saint-Denis, dans le quartier de l’Apport, Paris qu’assombrissent les tours du Grand Châtelet, un autre hôpital, la Maison-Dieu de Sainte-Catherine, administrée par des frères et des sœurs, loge les pèlerins et reçoit pendant trois jours les femmes ou filles qui viennent à Paris chercher une condition.

L’hôpital de la Trinité et l’hôpital Sainte-Catherine ont été supprimés à la Révolution et tout vestige a disparu de leurs édifices ou chapelles, comme a disparu aussi tout vestige de l’ancien hôpital du Saint-Esprit, ce vieux voisin de la maison de ville, qui touchait à la Maison aux Piliers et tomba au commencement du siècle pour l’agrandissement de l’Hôtel de Ville.