Cette chapelle est ornée de verrières illustrant naïvement la vie de la sainte, même en ses moments scabreux avant la conversion, comme ce vitrail qui montre Marie l’Égyptienne passant une rivière et offrant, faute d’argent, son corps au batelier pour payer le passage.

Gagnons plus loin la «grant rue Saint-Denis»; ici les passants ne peuvent faire cent pas le long des maisons serrées, sous les auvents et les enseignes des marchands, sans rencontrer quelque édifice religieux, pignon d’hôpital ou portail d’église.

Avant le commencement de la rue, au débouché du pont aux Meuniers sous le Châtelet, se trouve déjà Saint-Leufroy, chapelle du Châtelet, petite chapelle sans importance qui fut démolie sous Louis XIV pour l’agrandissement des prisons. Après la voûte noire du Châtelet, commence la rue Saint-Denis. A l’Apport-Paris, petit marché étranglé par les maisons, devant la grande boucherie du Châtelet, tout de suite après les étaux de la grande boucherie, on rencontre à droite l’hôpital Sainte-Catherine et en face, à gauche, l’église Sainte-Opportune fondée en l’honneur des reliques de sainte Opportune apportées du diocèse de Séez à Paris, pour les mettre à l’abri des Normands, et que Paris ne voulut pas rendre.

Plus haut dans la rue, presque en face les Innocents, se montre le grand pignon de l’église du Saint-Sépulcre; cette collégiale, fondée au XIVᵉ siècle à l’occasion d’un hôpital pour les pèlerins du saint Sépulcre de Terre Sainte, est l’église de nombreuses confréries qui possèdent de gros revenus et pourvoient largement aux magnificences des cérémonies et à l’embellissement des chapelles, mais sont cause aussi de nombreux différends entre les administrateurs de la confrérie du Saint-Sépulcre et les chanoines,—querelles scandaleuses où les torts étaient souvent des deux côtés et qui amenèrent en 1582 un arrêté du chapitre de Notre-Dame, rapporté par M. H. Cocheris, où se lisent entre autres les articles suivants donnant quelque idée des désordres survenus:

«... Les maisons et eschoppes appartenantes à l’église du Sépulchre et proches d’icelle ne seront louées à l’advenir à des ouvriers desquels le travail se faict avec grand bruit qui empêche la célébration de l’office divin.

«Les chanoines, clercs et officiers sont advertis d’estre habillés honnestement de longues soutanes ou robbes à l’église, et allant à la ville ils porteront la soutane et le manteau long et deffences d’aller en habits cours et de couleur, aultres que celles dont les ecclésiastiques modestes usent ordinairement. Comme aussi de porter des habits fendus sur la chemise, déccouppés ou chamarrez.

«Les chanoines n’iront aux cabarets, ni aux jeux publicqs de boulles ou aultres semblables.

«Toutes les servantes qui sont maintenant demeurantes avec les chanoines sortiront de leurs maisons... etc.»

L’église Saint-Leu et Saint-Gilles se présente ensuite à peu de maisons au-dessus du Sépulcre, puis c’est Saint-Jacques de l’Hôpital en face, chapelle de l’hôpital des pèlerins de Saint-Jacques, qui possède en son trésor d’admirables reliquaires, ensuite c’est Saint-Sauveur en face de la Trinité.

A Saint-Leu que le boulevard de Sébastopol, poussé inflexiblement en ligne droite, a amputé d’une partie de son abside, il ne faut point oublier le tour de force exécuté en 1727 par un maître charpentier nommé Guérin, qui, la tour du Nord menaçant ruine, transporta tout simplement le clocher avec la charpente et les cloches, de cette tour sur celle du Sud en franchissant une distance de huit mètres.