IMPASSE DE LA PORTE AUX PEINTRES, RUE SAINT-DENIS (1830)

ANCIENNE PORTE SAINT-DENIS DE L’ENCEINTE DE PHILIPPE-AUGUSTE

Un peu plus haut que Saint-Merry, à l’angle de la rue de la Cour du More, presque en face de la rue aux Ours, s’élève le pignon de Saint-Julien des Ménétriers, attenant à un hôpital de la confrérie des jongleurs et ménétriers. Du Breul, bénédictin de Saint-Germain des Prés, dans son Théâtre des antiquités de Paris, rapporte ainsi l’histoire touchante de sa fondation:

«En l’an de grâce 1328, le mardy durant la saincte Croix en Septembre, il y avoit en la rue de Saint-Martin-des-Champs, deux compagnons menestriers qui s’entr’aymoient et estoient toujours ensemble. Si estoit l’un de Lombardie et avait nom Jacque Grare de Pistoie, autrement dit Lappe; l’autre estoit de Lorraine et avoit nom Huet, le guette du Palais du Roy. Or advint que le jour susdit après disner, ces deux compagnons estant assis sur le siège de la maison dudit Lappe et parlans de leur besongne, virent de l’autre part de la voye, une pauvre femme appelée Fleurie de Chartres laquelle estoit en une petite charrette et n’en bougeait jour et nuict, comme entreprinse d’une partie de ses membres, et là, vivait des aumosnes des bonnes gens. Ces deux, esmeus de pitié, s’enquerrent à qui appartenoit la place, desirans l’achepter et y bastir quelque petit hospital. Et après avoir entendu que c’estoit à l’abbesse de Montmartre, ils l’allèrent trouver et pour le faire court, elle leur quitta le lieu à perpétuité, à la charge de payer par chascun an cent solz de rente et huict livres d’amendement dedans six ans seulement et sur ce, leur fit expédier lettres, en octobre, le Dimanche devant la Sainct Denys 1330. Le lendemain les dits Lappe et Huet prinrent possession dudit lieu et pour la memoire et souvenir firent festin à leurs amys.»

«.... Les jongleurs, menestriers et maistres en l’art de menestrandrie dependant de la science et art de musique qui lors étaient demourans en ceste ville de Paris» se joignirent à leurs deux charitables confrères, et, agrandissant leurs plans, résolurent de construire sur le terrain acquis un hôpital pour héberger les pauvres «en l’honneur et revérence de Dieu, de Notre Dame, de saint Julien du Mans et de saint Genest».

L’hôpital avec sa chapelle se construisit rapidement. Le portail de cette chapelle sur la rue Saint-Martin encadre dans sa grande ogive toute une légion de petits anges accrochés à la voussure et jouant de la harpe, de la viole, du rebec et autres instruments. A droite du portail est la statue de saint Genest, comédien romain et martyr, que les jongleurs ont pris pour patron, à gauche saint Julien l’Hospitalier, le saint à la légende terrible, patron de l’église Saint-Julien de la rive gauche.

Voyez à certaines heures devant ce portail ces groupes aux allures pittoresques, ces gens costumés de façons bizarres ou porteurs d’instruments de musique. Ce sont jongleurs, ménestrels, chanteurs, musiciens qui attendent ici qu’on vienne les louer pour les cérémonies, banquets, noces et fêtes quelconques. Ils ont le siège de leur corporation un peu plus bas que l’église dans la rue des Jongleurs, dite plus tard des Ménétriers.

Voulez-vous, honorable bourgeois, quelques bons joueurs d’instruments, viole, mandoline, flûte et hautbois, pour faire danser vos invités aux noces de votre fille? Vous, digne majordome, cherchez-vous bons diseurs de vers ou farceurs joyeux pour une fête au manoir de votre maître, pour l’ébattement des convives en un banquet de fête? Vous trouverez ici votre affaire. Êtes-vous chargés de recruter un corps de musique pour une cérémonie publique, désirez-vous bons sonneurs d’instruments à placer sur les échafauds enguirlandés pour quelque entrée solennelle de prince, quelque belle procession? Vous avez le choix, vous trouvez ici gens capables de faire partie des Maîtres violons du roi, attachés à

ÉGLISE SAINT-JULIEN DES MÉNÉTRIERS, RUE SAINT-MARTIN