LA SAINT-BARTHÉLEMY

Imp. Draeger & Lesieur, Paris

De son cheval rué par terre.
Par ses amis retourné querre
Pour che Céans inhumez
Priez Dieu pour les trépassés.

L’ÉGLISE SAINT-PAUL

Sous les voûtes de Saint-Paul quand les mignons de Henri III moururent dans le fameux combat des Tournelles, le roi fit enterrer avec pompe Quélus, Maugiron et avec eux Saint-Mesgrin, attaqué en sortant du Louvre par vingt ou trente cavaliers appostés par les Guise, qui le laissèrent criblé de coups d’épée, de dague et de pistolet. Il leur éleva un monument décoré par le ciseau de Germain Pilon, œuvre superbe qui n’orna pas longtemps l’église, car, bien peu d’années après, en 1588, la rue étant toute aux Guises et à la Ligue, la populace pensa venger le meurtre de Blois en détruisant ce mausolée des Mignons. Le meurtre et la violence étaient tellement entrés dans les habitudes à cette époque de sang, dans cette cour de bretteurs, que pendant les obsèques de Saint-Mesgrin, sur la place de Saint-Paul, le seigneur de Grammont, pour une futile querelle, tua un autre gentilhomme, lieutenant de sa compagnie.

Dans le cimetière séparant l’église des hôtels royaux, fut inhumé l’homme qui, dans ce XVIᵉ siècle si bouleversé, apparaît comme la personnification de la bonne et franche humeur gauloise, d’un esprit de philosophie «confite en mépris des choses fortuites», maître François Rabelais, ayant vécu en toute sagesse, puisque la suprême sagesse est de s’efforcer de tirer des circonstances tout le bien qu’elles sont susceptibles de contenir, et puisque aussi «mieux est de ris que de larmes écrire». Ayant quitté sa cure de Meudon, maître François s’en vint vivre quelque temps sur la paroisse Saint-Paul, rue des Jardins-Saint-Paul, dans une maison dont la place est inconnue, où très chrétiennement il passa de vie à trépas en avril 1553. On l’enterra dans le cimetière Saint-Paul sous un grand arbre que l’on conserva longtemps en mémoire de lui, à défaut d’un de ces somptueux mausolées qui sont faits pour les grands de ce monde, de qui le souvenir disparaîtrait si vite et si complètement sans cela, aussitôt l’âme exhalée,—monuments que la première Révolution survenant s’empresse de mettre en pièces.

Tout à côté de la dépouille de Rabelais, le cimetière Saint-Paul donnait le suprême in pace aux prisonniers de la Bastille, échappés à la prison par la mort. Ainsi cette terre a dévoré le secret de l’homme au Masque de Fer, mort en 1703. Qu’il fût le diplomate Marchiali, ou Fouquet, ou le fils d’Anne d’Autriche et de Mazarin, ou le frère jumeau de Louis XIV ou tout autre, son destin misérable s’est achevé ici, et il repose aujourd’hui sous un lavoir installé sur l’emplacement du cimetière.

Dans le passage Saint-Pierre une partie des charniers survit à la disparition de l’église et du cimetière; convertis en logements, et même en synagogue fort pauvre pour les juifs, en nombre dans ce quartier, venus d’outre-Rhin ou d’outre-Vistule, les vieux charniers résonnent au bruit réaliste des battoirs et des caquets des blanchisseuses, absolument ignorantes de tout ce qui faisait encore il y a cent ans la vieille gloire du quartier.