Alors aussi les vieux cloîtres subissaient les mêmes désastreux embellissements; on jetait bas les arceaux gothiques et on les remplaçait par de froides arcades à pilastres romains. Ainsi fut fait à Saint-Martin des Champs, à Saint-Germain des Prés et ailleurs, dans tous les monastères riches. En même temps, l’esprit de spéculation s’emparait des Chapitres, on bâtissait à la place des vieilles clôtures des maisons de rapport. Saint-Martin des Champs démolissait pour cela sa vieille enceinte, Saint-Germain des Prés bâtissait les rues Cardinale, de l’Échaudé, de Furstenberg d’un côté, la rue Childebert de l’autre, au pied de sa grande tour.

ÉGLISE SAINT-NICOLAS DU CHARDONNET

L’heure fatale allait sonner, ces grands changements, ces embellissements, s’achevaient à peine qu’arrivait l’heure de la destruction totale pour les trois quarts des édifices religieux couvrant Paris: vieilles abbayes de Childebert et de Clovis, murailles historiques, antiques églises, cloîtres superbes ou couvents mesquins, tout allait tomber!

Après le souffle desséchant d’incrédulité qui avait passé même par les ogives des cloîtres, en ce siècle d’abbés musqués et de philosophes athées, après le grand courant de coquetterie Pompadour apportant dans les sévères sanctuaires le style efféminé des boudoirs, tout à coup éclatait la grande tourmente, dont chaque rafale devait faire crouler un pan de la vieille société.

Le vieux culte est supprimé, «ite missa est», les églises sont confisquées par la nation et fermées; quand elles ne sont pas réclamées par quelque nouveau culte philosophique ou attribuées à quelque club, elles sont mises en adjudication comme bien national, et bien vite transformées en magasins, en écuries, affectées aux plus viles destinations ou démolies.

Toutes ces vieilles cloches qui pendant tant de siècles ont parlé aux générations, participé aux joies et aux deuils des aïeux, elles ont fini de se faire entendre; ou plutôt, tombées des clochers et transformées en canons, elles vont prendre une autre et plus terrible voix, et rugir dans la grande bataille de vingt-cinq ans!

Les trésors des églises qui contiennent tant de pièces merveilleuses, où l’art l’emportait de beaucoup sur la richesse de la matière, vont se vider dans les fourneaux de la Monnaie. D’ailleurs mauvaise opération d’alchimie, ce sont des millions qui dans la flamme se transmuent en gros sous.

Ces trésors des églises étaient remplis de précieux chefs-d’œuvre d’orfèvrerie religieuse, surtout de châsses de métal ciselées superbement, de reliquaires de toutes formes, souvent illustrant de façon pittoresque et naïve l’histoire du saint personnage dont ils renfermaient une relique quelconque, os, dent, etc.; reliquaires travaillés en forme de bras, de tête humaine, de tour, de chapelle, de nef; châsses portées sur colonnettes, tous objets de l’art le plus original, comme par exemple ce reliquaire du trésor de Saint-Jacques de l’Hôpital cité par M. H. Cocheris dans ses additions de l’abbé Le Bœuf, reliquaire figurant une montagne, au sommet de laquelle était un petit Saint-Jacques couvert d’un chaperon, une escarcelle sous le bras, le bourdon d’une main, un livre ouvert de l’autre, accompagné sur les flancs de la montagne d’autres figurines: deux petits pèlerins assis et buvant, un mulet qui monte...