L'ambassadeur.--«Cherchons ce qui vous convient; que désirait l'empereur à Tilsit? il doit savoir aussi ce que voulait l'empereur Napoléon.
Le ministre.--Il ne s'est jamais expliqué là-dessus d'une manière bien positive. Il me semble que nous avions la Moldavie, la Valachie et la Bulgarie; la France la Morée, peut-être l'Albanie, Candie.
L'ambassadeur.--Ce n'est pas tout; que faisait-on du reste? même en laissant la Roumélie aux Turcs, car c'est de ce système que nous parlons maintenant, n'est-ce pas, monsieur le comte?
Le ministre.--Oui, nous désirons que vous ayez ce qui est à votre convenance. L'Autriche n'a rien fait, il lui faut peu de chose si elle agit, mais il sera bon de s'en servir.
L'ambassadeur.--Mais que lui donnez-vous?
Le ministre.--La Croatie; si c'est trop peu, quelque chose en Bosnie.
L'ambassadeur.--La Bosnie est le véritable chemin de l'Albanie. À vue de pays, c'est notre lot naturel; mais vous oubliez la Servie.
Le ministre.--On peut la rendre indépendante, lui laisser son gouvernement sous votre influence et la nôtre.
L'ambassadeur.--Deux grandes influences dans un pays, n'est-ce pas comme deux maîtresses dans une maison?
Le ministre.--Vous avez raison, cela aurait des inconvénients. On pourrait donner cette province à un archiduc d'Autriche. L'empereur Napoléon pourrait le choisir dans une branche cadette, pour que cela ne revînt jamais à la branche régnante.