D

Sur la date et l'ordre des événements qui se sont succédé
du
5 au 8 février 1810.

M. Helfert, p. 90, place à la date du 6 l'arrivée du courrier de Russie, dans l'après-midi du 7 la tenue du conseil aux Tuileries, puis la démarche d'Eugène auprès de Schwartzenberg, suivie immédiatement de la signature du contrat entre l'ambassadeur et le ministre des relations extérieures. Or, par son billet à l'Empereur cité p. 253, Champagny nous apprend que les lettres de Caulaincourt sont arrivées le 5. Par une dépêche du 8, il fait savoir que le conseil s'est tenu «dans la nuit du 6 au 7», qu'à l'issue il a écrit au prince de Schwartzenberg pour l'engager à se rendre chez lui, et qu'il vient de signer avec lui le contrat; enfin, dans une dépêche subséquente à Caulaincourt du 17 mars, il rappelle qu'il s'est rencontré pour la première fois avec l'ambassadeur d'Autriche «dans la matinée du 7». Dans ces conditions, comme il est matériellement impossible que la démarche d'Eugène, qui a incontestablement précédé la rencontre entre le ministre et l'ambassadeur, ait eu lieu entre la fin du conseil, terminé le 6 fort tard, et la matinée du 7, c'est-à-dire en pleine nuit (plusieurs témoignages s'accordent d'ailleurs pour la placer à six heures du soir), il faut admettre qu'elle s'est passée antérieurement au conseil, et que Napoléon, avant de faire ratifier son choix en consulte solennelle, avait eu soin de s'assurer du consentement définitif de l'Autriche. D'ailleurs, la lettre de Dalberg portant la date du 6, citée par Helfert, qui l'attribue par erreur à Laborde et qui est obligé de la supposer mal datée, place au jour même où elle a été écrite, c'est-à-dire au 6, l'avis donné à Schwartzenberg pendant la chasse et qui a précédé immédiatement la visite d'Eugène. Étant donnés ces divers témoignages, nous avons cru pouvoir établir l'ordre des faits de la manière suivante: le 5, arrivée du courrier de Russie; dans l'après-midi du 6, démarche d'Eugène, puis, dans la soirée, conseil et délibération fictive; enfin, le 7 au matin, entrevue entre Schwartzenberg et Champagny au sujet du contrat, qui est établi séance tenante et expédié à Vienne le lendemain.

II

PROPOSITION

FAITE À L'EMPEREUR ALEXANDRE PAR UN GROUPE DE SEIGNEURS
GALICIENS ET VARSOVIENS À L'EFFET DE RECONSTITUER
LA POLOGNE EN L'UNISSANT À LA RUSSIE.

Lettre du prince Galitsyne à l'empereur Alexandre pour appuyer la
proposition, le 4
(16) juin 1809.

... Sans entrer dans des raisonnements politiques à perte de vue, il me semble à moi qu'il n'y aurait pas de raison de décliner une dignité qui nous est offerte par tout un peuple à l'unanimité. D'autant plus que par ce moyen on ferait le bonheur d'un vaste royaume, lequel resterait en somme, bien que sous une forme différente, une province russe. Je ne vois pas non plus le mal qui pourrait en résulter par la suite pour la Russie, dans le cas où l'empereur, après s'être revêtu de la dignité de roi de Pologne, instituerait pour l'éternité que les souverains de la Russie seront rois de Pologne, et qu'ils ont le droit de nommer pour les représenter dans le gouvernement de ce royaume des lieutenants qui le gouverneraient au nom et de par la volonté des souverains de toutes les Russies. Ce royaume serait formé de toute la ci-devant Pologne, à l'exception de la Russie Blanche et des territoires faisant partie des gouvernements de Kief et de Podolie. Il est hors de doute que le royaume en question pourrait entretenir une armée de cent mille hommes et tous les fonctionnaires nécessaires à son administration, en versant avec cela une partie considérable de ses revenus au trésor de l'empire.

Réponse du comte Roumiantsof par ordre de l'Empereur,
15 (27) juin 1809.

Quelque flatteuse que soit l'acquisition de la Pologne dans sa totalité, S. M. l'Empereur, n'en ambitionnant pas l'éclat, a porté son attention particulière sur les conséquences que cette acquisition aurait pour la Russie, d'où résultent les questions suivantes: Le rétablissement du royaume de Pologne dans son état primitif n'entraînerait-il pas la rétrocession par la Russie des ci-devant provinces polonaises? Peut-on se fier à la constance de la nation polonaise? Et sous les dehors mêmes de leur vif désir de s'unir à la Russie sous le sceptre de Sa Majesté, ne se cache-t-il pas le dessein de ravoir les provinces susmentionnées qui nous étaient échues et puis de se détacher entièrement de nous?