Albert Dürer le vieux est né dans le royaume de Hongrie, près de Jula, à 8 milles au-dessous de Wardein, dans un petit village appelé Eytas, où sa famille élevait des bœufs et des chevaux.

Mon grand-père se nommait Antony Durer; jeune encore, il vint habiter Jula et se mit en apprentissage chez un orfévre. Il épousa une jeune personne appelée Élisabeth dont il eut une fille, Catharina, et trois garçons. L'aîné, mon père, est aussi devenu un très-honnête et très-habile orfévre. Ladislas, le second, se fit sellier; il est le père de mon cousin Nicolas Durer qui demeure à Cologne et qu'on appelle Nicolas le Hongrois; il a appris le métier d'orfévre à Nuremberg chez mon père. Le troisième fils, Jean, eut la permission d'étudier; il fut ordonné prêtre et desservit pendant plus de trente ans la cure de Wardein.

Mon père, Albert Durer, est d'abord venu en Allemagne, puis il a séjourné assez longtemps dans les Pays-Bas, où il a vécu dans l'intimité des grands artistes, et définitivement il s'est fixé à Nuremberg, l'an 1454, à la Saint-Louis, le jour même que Philippe Pirkeimer avait choisi pour faire ses noces sur les remparts; on dansa longuement et allégrement sous les grands tilleuls.

Mon cher père entra chez Jérôme Haller qui est devenu depuis mon grand-père; il est resté à son service jusqu'en 1467. Alors il lui demanda la main de sa fille Barbara, une jeune personne jolie et éveillée, à peine âgée de quinze ans. Haller la lui accorda et les noces furent faites huit jours avant viti.

Il est bon de savoir que ma grand'mère maternelle était fille d'Oellinger de Weissenburg, et qu'elle s'appelait Cunégonde.

Du mariage de mon cher père et de ma chère mère sont nés les enfants dont les noms suivent:

Tout ce qu'on va lire maintenant, je l'ai copié mot à mot dans le livre de mon père.

I.—L'année 1468 après la naissance de Jésus-Christ, le jour de Sainte-Marguerite, ma femme Barbara accoucha de ma fille aînée. La vieille Marguerite de Weissenburg fut sa marraine; elle donna à l'enfant le nom de sa mère.

II.—Item. En 1470, à la Sainte-Marie du carême, vers deux heures du matin, ma femme accoucha d'un fils. Il fut tenu sur les fonts par Frédéric Roth de Bayreuth, qui l'appela Hans[ [3].

III.—Item. L'année 1471, à six heures du soir, un vendredi de la croix (la semaine avant la Pentecôte), le jour de Sainte-Prudence, un autre fils nous arriva. Son parrain Antoine Koberger[ [4] le nomma Albert, pour m'être agréable.