Après lui vient maître Pierre[ [40], qui me présente, avec ses hommages, deux autres pots de vin. Après avoir passé gaiement à table une grande partie de la nuit, on me reconduit aux flambeaux, en me faisant mille et mille démonstrations amicales. Je remercie chaudement, et vais me mettre au lit.

Je suis allé voir Quentin Metsys[ [41] dans sa maison[ [42].

J'ai aussi visité les trois grandes places de tir[ [43]. Je fais un excellent dîner chez Haber et un autre chez le consul de Portugal, dont je dessine le portrait. Je fais aussi le portrait de mon hôte Joost Planckfeld, qui m'offre une branche de corail. Je donne deux sous pour du beurre, et la même somme aux charpentiers des peintres. Mon hôte me mène dans l'atelier où les peintres pensionnés par la ville d'Anvers travaillent aux arcs de triomphe qui seront élevés sur le passage du roi Charles V[ [44]. Il n'y en aura pas moins de quatre cents, de quarante pieds de long chacun; ils régneront des deux côtés des rues, seront bien peints et [ LXXXIX] [ XC] [ XCI] auront deux étages, sur lesquels on donnera des représentations allégoriques. La menuiserie et la peinture coûteront ensemble quatre cents florins. Cette décoration sera d'un bel effet.

Je dîne de nouveau chez le consul de Portugal et chez Alexandre[ [45].

Sebald Fischer m'achète seize petits dessins de la Passion[ [46] pour quatre florins; trente-deux grands livres pour huit florins; six gravures de la Passion[ [47] pour trois florins; vingt demi-feuilles, différents sujets, l'un parmi l'autre, un florin; il m'en prend pour trois florins. Je vends aussi des quarts de feuille pour cinq florins et demi, plus huit grandes feuilles pour un florin.

J'avais remis à mon hôte une figure de la Vierge peinte sur toile; il l'a vendue pour mon compte deux florins du Rhin.

Je fais le portrait de Félix, le joueur de luth[ [48]. Je dépense deux sous pour de la bière et du pain, deux sous pour un bain, et quatorze sous pour trois petits panneaux.

Je dîne chez l'orfévre Alexandre, et aussi chez Félix.

Maître Joachim[ [49] a dîné chez moi hier, ainsi que son élève. Pour les peintres, je fais en demi-teinte un écusson; j'accepte un florin pour les débours. Je donne mes quatre nouvelles pièces à Pierre Wolfgang, et à Joachim des dessins pour la valeur d'un florin, parce qu'il m'a prêté son domestique et ses couleurs; du reste, j'avais retenu son domestique à dîner, et je lui avais donné pour trois sous de dessins. J'envoie à l'orfévre Alexandre quatre nouvelles pièces. Je fais au fusain les portraits du Génois Tommaso Florianus, de Romanus, qui est de Lucques, et des deux frères de Tommaso, Vincent et Gérard, tous trois de la famille des Pombelli. Je dîne douze fois chez Tommaso.