— Ah bah! dit le vieillard, je comprends à présent; tu es probablement amoureux de Marie Ivanovna. Alors cest une autre affaire. Pauvre garçon! Mais cependant il ne mest pas possible de te donner un bataillon et cinquante Cosaques. Cette expédition est déraisonnable, et je ne puis la prendre sous ma responsabilité.»
Je baissai la tête; le désespoir maccablait. Tout à coup une idée me traversa lesprit, et ce quelle fut, le lecteur le verra dans le chapitre suivant, comme disaient les vieux romanciers.
CHAPITRE XI LE CAMP DES REBELLES
Je quittai le général et mempressai de retourner chez moi.
Savéliitch me reçut avec ses remontrances ordinaires.
«Quel plaisir trouves-tu, seigneur, à batailler contre ces brigands ivres? Est-ce laffaire dun boyard? Les heures ne sont pas toujours bonnes, et tu te feras tuer pour rien. Encore, si tu faisais la guerre aux Turcs ou aux Suédois! Mais cest une honte de dire à qui tu la fais.»
Jinterrompis son discours:
«Combien ai-je en tout dargent?
— Tu en as encore assez, me répondit-il dun air satisfait. Les coquins ont eu beau fouiller partout, jai pu le leur souffler.»
En disant cela, il tira de sa poche une longue bourse tricotée toute remplie de pièces de monnaie dargent.
«Bien, Savéliitch, lui dis-je; donne-moi la moitié de ce que tu as là, et garde pour toi le reste. Je pars pour la forteresse de Bélogorsk.