— Du capitaine Mironoff? de celui qui commandait une des forteresses de la province dOrenbourg?
— Oui; madame.»
La dame parut émue.
«Pardonnez-moi, continua-t-elle dune voix encore plus douce, de me mêler de vos affaires. Mais je vais à la cour; expliquez-moi lobjet de votre demande; peut-être me sera-t-il possible de vous aider.»
Marie se leva et salua avec respect. Tout, dans la dame inconnue, lattirait involontairement et lui inspirait de la confiance. Marie prit dans sa poche un papier plié; elle le présenta à sa protectrice inconnue qui le parcourut à voix basse.
Elle commença par lire dun air attentif et bienveillant; mais soudainement son visage changea, et Marie, qui suivait des yeux tous ses mouvements, fut effrayée de lexpression sévère de ce visage si calme et si gracieux un instant auparavant.
«Vous priez pour Grineff, dit la dame dun ton glacé. Limpératrice ne peut lui accorder le pardon. Il a passé à lusurpateur, non comme un ignorant crédule, mais comme un vaurien dépravé et dangereux.
— Ce nest pas vrai! sécria Marie.
— Comment! ce nest pas vrai? répliqua la dame qui rougit jusquaux yeux.
— Ce nest pas vrai, devant Dieu, ce nest pas vrai. Je sais tout, je vous conterai tout; cest pour moi seule quil sest exposé à tous les malheurs qui lont frappé. Et sil ne sest pas disculpé devant la justice, cest parce quil na pas voulu que je fusse mêlée à cette affaire.»