Celui qui publie aujourd'hui ce poeme en François, attend du public la reconnoissance dûe à un Voyageur qui apporte dans sa patrie une fleur des Païs étrangers.

LA BOUCLE DE CHEVEUX ENLEVÉE

POËME HEROICOMIQUE DE MR. POPE.

Traduit de l'Anglois par Mr. **

CHANT PREMIER.

Je chante une cruelle offense causée par l'Amour, & une querelle serieuse née d'une hardiesse badine. Muse, je consacre ces vers à Tirsis, & je me flate que Belinde daignera les lire. Quoique je traite de petites choses, je meriterai de grands éloges, si l'une m'inspire & si l'autre m'applaudit.

O Déesse, dis-moi, quel étrange motif porta un jeune Seigneur à attaquer une belle. Apprend-moi quelle cause encore plus extraordinaire força la belle à résister au jeune Seigneur. Peut-il y avoir tant de dureté dans un coeur tendre, & tant de courage dans un petit Maître?

Le Soleil perçoit au travers des rideaux blancs, & par de timides rayons essaioit d'ouvrir des yeux qui le devoient éclipser. Déja les chiens favoris sécoüoient leurs oreilles; les amans qui se plaignent de ne dormir jamais, commençoient à s'éveiller: il étoit midi. Trois fois les pantoufles avaient frappé le plancher; trois fois les sonnetes avoient appellé, & les montres pressées du doigt avoient fait entendre leur son argentin. Cependant Belinde, languissamment étenduë sur ce duvet, dormoit encore. Un Silphe attaché à la belle prolongeoit son repos, & avoit conduit à son lit le Songe du matin, qui voltigeoit sur sa tête & la couvroit de ses aîles.

La belle croit voir un jeune homme, plus brillant que n'est un petit Maître le jour d'une ceremonie, s'avancer dans sa ruelle. A cet aspect, quoiqu'en songe, elle rougit: ce jeune homme, qui étoit un Silphe, approche alors de son oreille ses lévres séduisantes, & lui parle en ces mots:

O la plus belle des mortelles: O toi les délices & l'objet des désirs de mille habitans de l'air: si jamais dans l'enfance ton esprit fut ému de ce que ta nourrice t'enseigna au sujet des esprits aëriens, prête l'oreille à ma voix & sois docile: