Le soir arrivé, le roi se sentit fatigué de son jeûne, de sa course pieds nus et des coups furieux qu'il s'était donnés. Il se fit servir un souper maigre, bassiner les épaules, allumer un grand feu, et passa chez Saint-Luc, qu'il trouva allègre et dispos.
Depuis la veille, le roi était bien changé; toutes ses idées étaient tournées vers le néant des choses humaines, vers la pénitence et la mort.
—Ah! dit-il avec cet accent profond de l'homme dégoûté de la vie,
Dieu a en vérité bien fait de rendre l'existence si amère.
—Pourquoi cela, sire? demanda Saint-Luc.
—Parce que l'homme fatigué de ce monde, au lieu de craindre la mort, y aspire.
—Pardon, sire, dit Saint-Luc, parlez pour vous; mais je n'y aspire pas du tout, à la mort.
—Écoute, Saint-Luc, dit le roi en secouant la tête; si tu faisais bien, tu suivrais mon conseil, je dirais plus, mon exemple.
—Bien volontiers, sire, si cet exemple me sourit.
—Veux-tu que nous laissions, moi ma couronne, toi ta femme, et que nous entrions dans un cloître? J'ai des dispenses de notre saint-père le pape; dès demain nous ferons profession. Je m'appellerai frère Henri…
—Pardon, sire, pardon, vous tenez peu à votre couronne que vous connaissez trop; mais, moi, je tiens beaucoup à ma femme que je ne connais pas encore assez. Donc je refuse.