—Au nom du ciel! lui dit-il, ami, modère-toi et attendons.
—Eh! parbleu! modère-toi toi-même! s'écria-t-il. Le coup de poing de ce butor t'atteint aussi bien que moi: qui dit quelque chose contre l'un de nous dit quelque chose contre tous, et qui dit quelque chose contre nous tous touche au roi.
—Quélus, Quélus, dit Saint-Luc, songe au duc d'Anjou, qui est derrière Bussy, d'autant plus aux aguets qu'il est absent, d'autant plus à craindre qu'il est invisible. Tu ne me fais pas l'affront de croire, je le présume, que j'ai peur du valet, mais du maître.
—Eh! mordieu! s'écria Quélus, qu'a-t-on à craindre quand on appartient au roi de France? Si nous nous mettons en péril pour lui, le roi de France nous défendra.
—Toi, oui; mais moi! dit piteusement Saint-Luc.
—Ah dame! dit Quélus, pourquoi diable aussi te maries-tu, sachant combien le roi est jaloux dans ses amitiés?
—Bon! dit Saint-Luc en lui-même, chacun songe à soi; ne nous oublions donc pas, et, puisque je veux vivre tranquille au moins pendant les quinze premiers jours de mon mariage, tâchons de nous faire un ami de M. d'Anjou.
Et, sur cette réflexion, il quitta Quélus et s'avança au-devant de
Bussy.
Après son impertinente apostrophe, Bussy avait relevé la tête et promené ses regards par toute la salle, dressant l'oreille pour recueillir quelque impertinence en échange de celle qu'il avait lancée. Mais tous les fronts s'étaient détournés, toutes les bouches étaient demeurées muettes. Les uns avaient peur d'approuver devant le roi, les autres d'improuver devant Bussy.
Ce dernier, voyant Saint-Luc s'approcher, crut enfin avoir trouvé ce qu'il cherchait.