—Eh bien? demanda-t-il étonné.

—Oh! jamais, mon père, si vous avez quelque pitié pour votre fille, jamais!

—Diane, mon amour, dit-il, ce n'est pas de la pitié que j'ai pour toi, c'est de l'idolâtrie, tu le sais; prends huit jours pour réfléchir, et si, dans huit jours….

—Oh! non, non, m'écriai-je, c'est inutile, pas huit jours, pas vingt-quatre heures, pas une minute. Non, non, oh! non!

Et je fondis en larmes.

Mon père m'adorait; jamais il ne m'avait vue pleurer, il me prit dans ses bras et me rassura en deux mots; il venait de me donner sa parole de gentilhomme qu'il ne me parlerait plus de ce mariage.

Effectivement, un mois se passa sans que je visse M. de Monsoreau et sans que j'entendisse parler de lui. Un matin nous reçûmes, mon père et moi, une invitation de nous trouver à une grande fête que M. de Monsoreau devait donner au frère du roi qui venait visiter la province dont il portait le nom. Cette fête avait lieu à l'hôtel de ville d'Angers.

A cette lettre était jointe une invitation personnelle du prince, lequel écrivait à mon père qu'il se rappelait l'avoir vu autrefois à la cour du roi Henri, et qu'il le reverrait avec plaisir.

Mon premier mouvement fut de prier mon père de refuser, et certes j'eusse insisté si l'invitation eût été faite au nom seul de M. de Monsoreau; mais le prince était de moitié dans l'invitation, et mon père craignit par un refus de blesser Son Altesse.

Nous nous rendîmes donc à cette fête. M. de Monsoreau nous reçut comme si rien ne s'était passé entre nous; sa conduite vis-à-vis de moi ne fut ni indifférente ni affectée; il me traita comme toutes les autres dames, et je fus heureuse de n'avoir été, de son côté, l'objet d'aucune distinction, soit en bonne, soit en mauvaise part.