—Serait-il moins coupable que je ne le croyais? murmura-t-elle.

—Qui, le prince? demanda Bussy.

—Non, lui, le comte de Monsoreau.

Ce fut Bussy qui soupira à son tour.

—Continuez, madame, dit-il, et nous jugerons le prince et le comte.

—Cette lettre, que je n'avais alors aucun motif de ne pas croire réelle, puisqu'elle s'accordait si bien avec mes propres craintes, m'indiquait, comme l'avait prévu Gertrude, le danger auquel j'étais exposée, et me rendait d'autant plus précieuse l'intervention de cet ami inconnu qui m'offrait son secours au nom de mon père. Je n'eus donc plus d'espoir qu'en lui.

Nos investigations recommençaient; mes regards et ceux de Gertrude, plongeant à travers les vitres, ne quittaient point l'étang et cette partie de la forêt qui faisait face à nos fenêtres. Dans toute l'étendue que nos regards pouvaient embrasser, nous ne vîmes rien qui parût se rapporter à nos espérances et les seconder.

La nuit arriva; mais, comme nous étions au mois de janvier, la nuit venait vite; quatre ou cinq heures nous séparaient donc encore du moment décisif: nous attendîmes avec anxiété.

Il faisait une de ces belles gelées d'hiver pendant lesquelles, si ce n'était le froid, on se croirait ou vers la fin du printemps ou vers le commencement de l'automne: le ciel brillait, tout parsemé de mille étoiles, et, dans un coin de ce ciel, la lune, pareille à un croissant, éclairait le paysage de sa lueur argentée; nous ouvrîmes la fenêtre de la chambre de Gertrude, qui devait, dans tous les cas, être moins rigoureusement observée que la mienne.

Vers sept heures, une légère vapeur monta de l'étang; mais, pareille à un voile de gaze transparente, cette vapeur n'empêchait pas de voir, ou plutôt nos yeux, s'habituant à l'obscurité, étaient parvenus à percer cette vapeur.