—En avez-vous besoin?
—Sans doute, jusqu'à présent je suis un étranger pour vous.
—Vous n'avez point de clef de cette maison?
—Votre mari seul a le droit d'en avoir une.
—Monsieur, répondis-je, effrayée de ces réponses si singulièrement soumises plus que je ne l'eusse été de réponses absolues, monsieur, vous reviendrez quand vous voudrez, ou quand vous croirez avoir quelque chose d'important à me dire.
—Merci, madame, j'userai de la permission, mais n'en abuserai pas… et la première preuve que je vous en donne, c'est que je vous prie de recevoir mes respects.
Et, à ces mots, le comte se leva.
—Vous me quittez? demandai-je, de plus en plus étonnée de cette façon d'agir à laquelle j'étais loin de m'attendre.
—Madame, répondit le comte, je sais que vous ne m'aimez point, et je ne veux point abuser de la situation où vous êtes, et qui vous force à recevoir mes soins. En ne demeurant que discrètement près de vous, j'espère que peu à peu vous vous habituerez à ma présence; de cette façon le sacrifice vous coûtera moins quand le moment sera arrivé de devenir ma femme.
—Monsieur, lui dis-je en me levant à mon tour, je reconnais toute la délicatesse de vos procédés, et, malgré l'espèce de rudesse qui accompagne chacune de vos paroles, je les apprécie. Vous avez raison, et je vous parlerai avec la même franchise que vous m'avez parlé: j'avais contre vous quelques préventions que le temps guérira, je l'espère.