M. de Monsoreau réfléchit un instant.
—Elle a eu tort, dit-il.
—Comment cela?
—Oui, il s'agit de gagner du temps.
—Du temps?
—Aujourd'hui, je suis encore dans la dépendance de M. le duc d'Anjou; mais, dans quinze jours, dans douze jours, dans huit jours peut-être, c'est le duc d'Anjou qui sera dans la mienne. Il s'agit donc de le tromper pour qu'il attende.
—Mon Dieu!
—Sans doute, l'espoir le rendra patient. Un refus complet le poussera vers quelque parti désespéré.
—Monsieur, écrivez à mon père, m'écriai-je; mon père accourra et ira se jeter aux pieds du roi. Le roi aura pitié d'un vieillard.
—C'est selon la disposition d'esprit où sera le roi, et selon qu'il sera dans sa politique d'être pour le moment l'ami ou l'ennemi de M. le duc d'Anjou. D'ailleurs, il faut six jours à un messager pour aller trouver votre père; il faut six jours à votre père pour venir. Dans douze jours M. le duc d'Anjou aura fait, si nous ne l'arrêtons pas, tout le chemin qu'il peut faire.