—J'entrai en effet; mon inquiétude l'emportait sur la prudence; j'échangeai quelques questions avec le jeune docteur; il examina votre blessure, me répondit de vous, et je fus soulagée.

—Tout cela était resté dans mon esprit, dit Bussy, mais comme un rêve reste dans la mémoire; et cependant quelque chose me disait là, ajouta le jeune homme en mettant la main sur son coeur, que je n'avais point rêvé.

—Lorsque le chirurgien eût pansé votre blessure, il tira de sa poche un petit flacon contenant une liqueur rouge, et versa quelques gouttes de cette liqueur sur vos lèvres. C'était, me dit-il, un élixir destiné à vous rendre le sommeil et à combattre la fièvre.

Effectivement, un instant après avoir avalé ce breuvage, vous fermâtes les yeux de nouveau et vous retombâtes dans l'espèce d'évanouissement dont un instant vous étiez sorti.

Je m'effrayai; mais le docteur me rassura. Tout était pour le mieux, me dit-il, et il n'y avait plus qu'à vous laisser dormir.

Gertrude lui couvrit de nouveau les yeux d'un mouchoir, et le reconduisit jusqu'à la porte de la rue Beautreillis.

Seulement elle crut s'apercevoir qu'il comptait les pas.

—En effet, madame, dit Bussy, il les avait comptés.

—Cette supposition nous effraya. Ce jeune homme pouvait nous trahir. Nous résolûmes de faire disparaître toute trace de l'hospitalité que nous vous avions donnée; mais d'abord l'important était de vous faire disparaître, vous.

Je rappelai tout mon courage; il était deux heures du matin, les rues étaient désertes. Gertrude répondit de vous soulever; elle y parvint, je l'aidai, et nous vous emportâmes jusque sur les talus des fossés du Temple. Puis nous revînmes tout épouvantées de cette hardiesse qui nous avait fait sortir, deux femmes seules, à une heure où les hommes eux-mêmes sortent accompagnés.