—Je dois plus que cela, dit Henri; ton chansonnier est mal renseigné,
Chicot. Chicot reprit sans se démonter:

Henri doit deux cents millions,
Et faut, pour acquitter les dettes
Que messieurs les mignons ont faites,
De nouvelles inventions,
Nouveaux impôts, nouvelles tailles,
Qu'il faut, du profond des entrailles
Des pauvres sujets, arracher,
Malheureux qui traînent leurs vies
Sous la griffe de ces harpies
Qui avalent tout sans mâcher.

—Bien, dit Quélus, tout en nattant sa soie, tu as une belle voix,
Chicot; le second couplet, mon ami.

—Dis donc, Valois, dit Chicot sans répondre à Quélus, empêche donc tes amis de m'appeler leur ami; cela m'humilie.

—Parle en vers, Chicot, répondit le roi; la prose ne vaut rien.

—Soit, dit Chicot, et il reprit:

Leur parler et leur vêtement
Se voient tels, qu'une honnête femme
Aurait peur d'en recevoir blâme,
Vêtue aussi lascivement
Leur cou ne se tourne à son aise,
Dedans les replis de leur fraise;
Déjà le froment n'est plus bon
Pour l'emploi blanc de leur chemise.
Et faut, pour façon plus exquise,
Faire de riz leur amidon.

—Bravo! dit le roi, n'est-ce pas toi, d'O, qui as inventé l'amidon de riz?

—Non pas, sire, dit Chicot, c'est M. de Saint-Mégrin, qui est trépassé l'an dernier, sous les coups de M. de Mayenne; que diable, ne lui enlevez pas ça, à ce pauvre mort, il ne compte que sur cet amidon et sur ce qu'il a fait à M. de Guise pour aller à la postérité; en lui enlevant l'amidon, il resterait à moitié route.

Et, sans faire attention à la figure du roi, qui s'assombrissait à ce souvenir, Chicot continua: