—Ah! je te reconnais, dit Chicot, trinité peu sainte, mais très-visible. Maintenant, voyons ce que tu vas faire, je suis tout yeux; voyons ce que tu vas dire, je suis tout oreilles.
En ce moment même, M. de Monsoreau était arrivé à la porte de fer de la crypte, qui s'ouvrait devant lui.
—Aviez-vous cru qu'il viendrait? demanda le Balafré à son frère le cardinal.
—Non-seulement je l'ai cru, dit celui-ci, mais j'en étais si sûr, que j'ai sous ma robe tout ce qu'il faut pour remplacer la sainte ampoule.
Et Chicot, assez près de la trinité, comme il l'appelait, pour tout voir et pour tout entendre, aperçut sous le faible reflet de la lampe du choeur briller une boîte en vermeil aux ciselures en relief.
—Tiens, dit Chicot, il paraît que l'on va sacrer quelqu'un. Moi qui ai toujours eu envie de voir un sacre, comme cela se rencontre!
Pendant ce temps une vingtaine de moines, la tête ensevelie sous d'immenses capuchons, sortaient par la porte de la crypte et se plaçaient dans la nef. Un seul, conduit par M. de Monsoreau, montait l'escalier du choeur et venait se placer à la droite de MM. de Guise, dans une stalle du choeur, ou plutôt debout sur la marche de cette stalle.
L'enfant de choeur, qui avait reparu, alla respectueusement prendre les ordres du moine de droite et disparut.
Le duc de Guise promena son regard sur cette assemblée, des cinq sixièmes moins nombreuse que la première, et qui, par conséquent, était, selon toute probabilité, une assemblée d'élite, et s'étant assuré que, non-seulement tout ce monde l'écoutait, mais encore l'écoutait avec impatience:
—Amis, dit il, le temps est précieux; je vais donc droit au but. Vous avez entendu tout à l'heure, car je présume que vous faisiez partie de la première assemblée; vous avez entendu tout à l'heure, dis-je, dans le rapport de quelques membres de la Ligue catholique, les plaintes de ceux de l'association qui taxent de froideur et même de malveillance un des principaux d'entre nous, le prince le plus rapproché du trône. Le moment est venu de rendre à ce prince ce que nous lui devons de respect et de justice. Vous allez l'entendre lui-même, et vous jugerez, vous qui avez à coeur de remplir le premier but de la sainte Ligue, si vos chefs méritent les reproches de froideur et d'inertie faits tout à l'heure par un des frères de la sainte Ligue que nous n'avons pas jugé à propos d'admettre dans notre secret par le moine Gorenflot.