—C'est bien. Adieu, messieurs.
—Monseigneur, ajouta d'Épernon, que notre discrétion bien connue de
Votre Altesse….
Le duc d'Anjou, qui avait déjà fait un pas pour se retirer, s'arrêta, et fronçant le sourcil:
—De la discrétion, monsieur de Nogaret! et qui donc vous en demande, je vous prie?
—Monseigneur, nous avions cru que Votre Altesse, seule à cette heure et suivie de son confident….
—Vous vous trompiez, voici ce qu'il faut croire et ce que je veux que l'on croie.
Les cinq gentilshommes écoutèrent dans le plus profond et le plus respectueux silence.
—J'allais, reprit d'une voix lente, et comme pour graver chacune de ses paroles dans la mémoire de ses auditeurs, le duc d'Anjou, j'allais consulter le juif Manassès, qui sait lire dans le verre et dans le marc du café. Il demeure, comme vous savez, rue de la Tournelle. En passant, d'Aurilly vous a aperçus et vous a pris pour quelques archers faisant leur ronde. Aussi, ajouta-t-il avec une espèce de gaieté effrayante pour ceux qui connaissaient le caractère du prince, en véritables consulteurs de sorciers que nous sommes, rasions-nous les murailles et nous effacions nous dans les portes pour nous dérober, s'il était possible, à vos terribles regards.
Tout en parlant ainsi, le prince avait insensiblement regagné la rue Saint-Paul, et se trouvait à portée d'être entendu des sentinelles de la Bastille, au cas d'une attaque, contre laquelle, sachant la haine sourde et invétérée que lui portait son frère, ne le rassuraient que médiocrement les excuses et les respects des mignons de Henri III.
—Et maintenant que vous savez ce qu'il faut en croire, et surtout ce que vous devez dire, adieu, messieurs. Il est inutile de vous prévenir que je désire ne pas être suivi.