—Non pas. Je vais faire prendre chez moi un des habits tout neufs que je destine à ces drôles pour le premier bal de la reine mère. Celui que je croirai le plus assorti à votre taille, je vous l'enverrai; puis vous me rejoindrez à un endroit convenu; ce soir, rue Saint-Honoré, près de la rue des Prouvelles, par exemple, et de là….
—De là?
—Eh bien, de là nous irons au Louvre ensemble.
Jeanne se mit à rire et tendit la main à Bussy.
—Pardonnez-moi mes soupçons, dit-elle.
—De grand coeur. Vous me fournirez une aventure qui va faire rire toute l'Europe. C'est encore moi qui suis votre obligé.
Et, prenant congé de la jeune femme, il retourna chez lui faire les préparatifs de la mascarade.
Le soir, à l'heure dite, Bussy et madame de Saint-Luc se rencontrèrent à la hauteur de la barrière des Sergents. Si la jeune femme n'eût pas porté le costume de son page, Bussy ne l'eût pas reconnue. Elle était adorable sous son déguisement. Tous deux, après avoir échangé quelques paroles, s'acheminèrent vers le Louvre.
A l'extrémité de la rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois, ils rencontrèrent grande compagnie. Cette compagnie tenait toute la rue et leur barrait le passage.
Jeanne eut peur. Bussy reconnut, aux flambeaux et aux arquebuses, le duc d'Anjou, reconnaissable, d'ailleurs, à son cheval pie et au manteau de velours blanc qu'il avait l'habitude de porter.