—Parce que je veux conserver le nom de brave Bussy qu'ils m'ont donné.
—Et ils t'ont blessé? demanda le prince avec sa rapidité à répondre par une feinte aux coups qu'on lui portait.
—Écoutez, dit Bussy, je ne veux pas leur en faire la joie; mais j'ai un joli coup d'épée tout au travers du flanc.
—Ah! les scélérats! s'écria le prince; Aurilly me le disait bien, qu'ils avaient de mauvaises idées.
—Comment, dit Bussy, vous avez vu l'embûche! comment, vous étiez avec Aurilly, qui joue presque aussi bien de l'épée que du luth! comment, il a dit à Votre Altesse que ces gens-là avaient de mauvaises pensées, vous étiez deux, et ils n'étaient que cinq, et vous n'avez pas guetté pour prêter main forte?
—Dame! que veux-tu, j'ignorais contre qui cette embûche était dressée.
—Mort diable! comme disait le roi Charles IX en reconnaissant les amis du roi Henri III, vous avez cependant bien dû songer qu'ils en voulaient à quelque ami à vous. Or, comme il n'y a guère que moi qui aie le courage d'être votre ami, il n'était pas difficile de deviner que c'était à moi qu'ils en voulaient.
—Oui, peut-être as-tu raison, mon cher Bussy, dit François, mais je n'ai pas songé à tout cela.
—Enfin! soupira Bussy, comme s'il n'eût trouvé que ce mot pour exprimer tout ce qu'il pensait de son maître.
On arriva au Louvre. Le duc d'Anjou fut reçu au guichet par le capitaine et les concierges. Il y avait consigne sévère; mais, comme on le pense bien, cette consigne n'était pas pour le premier du royaume après le roi. Le prince s'engouffra donc sous l'arcade du pont-levis avec toute sa suite.