Alors mademoiselle de Brissac, devenue madame de Saint-Luc, avait remercié humblement le roi. Mais Henri avait tourné le dos sans répondre à ses remercîments.
—Qu'a donc le roi contre vous, monsieur de Saint-Luc? avait alors demandé la jeune femme à son mari.
—Belle amie, répondit Saint-Luc, je vous raconterai cela plus tard, quand cette grande colère sera dissipée.
—Et se dissipera-t-elle? demanda Jeanne.
—Il le faudra bien, répondit le jeune homme.
Mademoiselle de Brissac n'était point encore assez madame de Saint-Luc pour insister; elle renfonça sa curiosité au fond de son coeur, se promettant de trouver, pour dicter ses conditions, un moment où Saint-Luc serait bien obligé de les accepter.
On attendait donc Henri III à l'hôtel de Montmorency au moment où s'ouvre l'histoire que nous allons raconter à nos lecteurs. Or il était onze heures déjà, et le roi n'était pas encore arrivé.
Saint-Luc avait convié à ce bal tout ce que le roi et tout ce que lui-même comptait d'amis; il avait compris dans les invitations les princes et les favoris des princes, particulièrement ceux de notre ancienne connaissance, le duc d'Alençon, devenu duc d'Anjou à l'avènement de Henri III au trône; mais M. le duc d'Anjou, qui ne s'était pas trouvé au festin du Louvre, semblait ne pas devoir se trouver davantage à la fête de l'hôtel Montmorency.
Quant au roi et à la reine de Navarre, ils s'étaient, comme nous l'avons dit dans un ouvrage précédent, sauvés dans le Béarn, et faisaient de l'opposition ouverte en guerroyant à la tête des huguenots.
M. le duc d'Anjou, selon son habitude, faisait aussi de l'opposition, mais de l'opposition sourde et ténébreuse, dans laquelle il avait toujours soin de se tenir en arrière, tout en poussant en avant ceux de ses amis que n'avait point guéris l'exemple de la Mole et de Coconnas, dont nos lecteurs, sans doute, n'ont point encore oublié la terrible mort.