Les deux ou trois personnes qui avaient assisté au coucher sortirent à leur tour.
Il ne resta près du roi que les valets, qui lui couvrirent le visage d'un masque de toile fine enduite de graisse parfumée. Des trous pour le nez, pour les yeux et pour la bouche étaient ménagés dans ce masque. Un bonnet d'une étoffe de soie et d'argent le fixait sur le front et aux oreilles.
Puis on passa les bras du roi dans une brassière de satin rose, bien douillettement doublée de soie fine et de ouate; puis on lui présenta des gants d'une peau si souple, qu'on eût dit qu'ils étaient de tricot. Ces gants montaient jusqu'aux coudes, et ils étaient oints intérieurement d'une huile parfumée qui leur donnait cette élasticité dont à l'extérieur on cherchait inutilement la cause.
Ces mystères de la toilette royale achevés, on fit boire à Henri son consommé dans une tasse d'or; mais, avant de le porter à ses lèvres, il en versa la moitié dans une autre tasse toute pareille à la sienne, et ordonna qu'on envoyât cette moitié à Saint-Luc, en lui souhaitant une bonne nuit.
Ce fut alors le tour de Dieu, qui, ce soir-là, sans doute à cause de la grande préoccupation du roi, fut traité assez légèrement. Henri ne fit qu'une seule prière sans même toucher à ses chapelets bénits; et, faisant ouvrir son lit bassiné avec de la coriandre, du benjoin et de la cannelle, il se coucha.
Puis, une fois accommodé sur ses nombreux oreillers, Henri ordonna que l'on enlevât la jonchée de fleurs qui commençait à épaissir l'air de la chambre. On ouvrit pendant quelques secondes les fenêtres pour renouveler cet air trop chargé de carbone. Après quoi un grand feu de sarments brûla dans la cheminée de marbre, et, rapide comme un météore, ne s'éteignit néanmoins qu'après avoir répandu sa douce chaleur dans tout l'appartement.
Alors le valet ferma tout, rideaux et portières, et fit entrer le grand chien favori du roi, qui s'appelait Narcisse. D'un bond, il sauta sur le lit du roi, trépigna, tourna un instant, puis il se coucha en s'allongeant en travers sur les pieds de son maître.
Enfin on souffla les bougies roses qui brûlaient aux mains du satyre d'or, on baissa la lumière de la veilleuse en y substituant une mèche moins forte, et le valet chargé de ces derniers détails sortit à son tour sur la pointe du pied.
Déjà plus tranquille, plus nonchalant, plus oublieux que ces moines oisifs de son royaume enfouis dans leurs grasses abbayes, le roi de France ne se donnait plus la peine de songer qu'il y eût une France.
Il dormait.