Et au même instant, s'élançant d'un pas rapide, le capitaine des gardes, le colonel des Suisses, les familiers du château, les arquebusiers de service, se précipitèrent dans la chambre royale, qu'un jet de flamme inonda aussitôt: vingt flambeaux illuminèrent la scène.
Près du fauteuil renversé, des tasses brisées, devant le lit en désordre et dont les draps et les couvertures étaient épars dans la chambre, Henri, grotesque et effrayant dans son attirail de nuit, se tenait, les cheveux hérissés, les yeux fixes.
Sa main droite était étendue, tremblante comme une feuille au vent.
Sa main gauche crispée se cramponnait à la poignée de son épée qu'il avait machinalement saisie.
Le chien, aussi agité que son maître, le regardait les pattes écartées, et hurlait.
Le roi paraissait muet à force de terreur, et tout ce monde, n'osant rompre le silence, s'interrogeant des yeux, attendait avec une anxiété terrible.
Alors parut à demi habillée, mais enveloppée dans un vaste manteau, la jeune reine, Louise de Lorraine, blonde et douce créature qui mena la vie d'une sainte sur cette terre, et que les cris de son époux avaient réveillée.
—Sire, dit-elle, plus tremblante que tout le monde, qu'y a-t-il donc? mon Dieu!… vos cris sont arrivés jusqu'à moi, et je suis venue.
—Ce… ce… ce n'est rien, dit le roi sans mouvoir ses yeux qui semblaient regarder dans l'air une forme vague et invisible pour tout autre que pour lui.
—Mais Votre Majesté a crié, reprit la reine… Votre Majesté est donc souffrante?