Chicot n'avait point achevé ces paroles, que David, avec un sauvage éclat de rire, s'élança sur lui; Chicot le reçut l'épée au poing.

Les deux adversaires étaient à peu près de la même taille; mais les vêtements de Chicot dissimulaient sa maigreur, tandis que rien ne dissimulait la nature longue, mince et flexible de l'avocat. Il semblait un long serpent, tant son bras prolongeait sa tête, tant son épée agile s'agitait comme un triple dard; mais, comme le lui avait annoncé Chicot, il avait affaire à un rude adversaire; Chicot, faisant des armes presque tous les jours avec le roi, était devenu un des plus forts tireurs du royaume; c'est ce dont Nicolas David put s'apercevoir, en trouvant toujours le fer de son adversaire, de quelque façon qu'il cherchât à l'attaquer.

Il fit un pas de retraite.

—Ah! ah! dit Chicot, vous commencez à comprendre, n'est-ce pas? Eh bien, encore une fois, les papiers.

David, pour toute réponse, se jeta de nouveau sur le Gascon, et un second combat s'engagea plus long et plus acharné que le premier, quoique Chicot se contentât de parer et n'eût pas encore porté un coup. Cette seconde lutte se termina, comme la première, par un pas de retraite de l'avocat.

—Ah! ah! dit Chicot, à mon tour maintenant.

Et il fit un pas en avant.

Pendant qu'il marchait, Nicolas David dégagea pour l'arrêter. Chicot para prime, lia l'épée de son adversaire tierce sur tierce, et l'atteignit à l'endroit qu'il avait indiqué d'avance; il lui enfonça la moitié de sa rapière dans la gorge.

—Voilà le coup, dit Chicot.

David ne répondit pas; il tomba du coup aux pieds de Chicot en crachant une gorgée de sang.