—Parce que je demanderai ma grâce au roi de France, au roi élu à l'abbaye de Sainte-Geneviève, et que ce nouveau souverain, si bon, si noble, si heureux de la faveur divine, toute récente encore, ne refusera pas d'écouter le premier suppliant qui lui présentera une requête.

Monsoreau avait accentué progressivement ces mots terribles; le feu de ses yeux passait peu à peu dans sa parole, qui devenait éclatante.

François pâlit à son tour, fît un pas en arrière, alla pousser la lourde tapisserie de la porte d'entrée, puis, saisissant Monsoreau par la main, il lui dit, en saccadant chaque mot comme s'il eût été au bout de ses forces:

—C'est bien… c'est bien…, comte, cette requête, présentez-la-moi plus bas… je vous écoute.

—Je parlerai humblement, dit Monsoreau redevenu tout à coup tranquille, humblement comme il convient au très-humble serviteur de Votre Altesse.

François fit lentement le tour de la vaste chambre, et, quand il fut à portée de regarder derrière les tapisseries, il y regarda chaque fois. Il semblait ne pouvoir croire que les paroles de Monsoreau n'eussent pas été entendues.

—Vous disiez? demanda-t-il.

—Je disais, monseigneur, qu'un fatal amour a tout fait. L'amour, noble seigneur, est la plus impérieuse des passions…. Pour me faire oublier que Votre Altesse avait jeté les yeux sur Diane, il fallait que je ne fusse plus maître de moi.

—Je vous le disais, comte, c'est une trahison.

—Ne m'accablez pas, monseigneur, voilà quelle est la pensée qui me vint. Je vous voyais riche, jeune, heureux; je vous voyais le premier prince du monde chrétien.