Guise avait remarqué l'attitude de ces soldats que commandait Grillon; il adressa un petit salut plein de grâce au colonel, qui, l'épée au poing, se tenait à quatre pas en avant de ses hommes, et qui demeura roide et impassible dans sa dédaigneuse immobilité.
Cette révolte d'un homme et d'un régiment contre son pouvoir si généralement établi frappa le duc. Son front devint un instant soucieux; mais, à mesure qu'il s'approchait du roi, son front s'éclaircit: si bien que, comme nous l'avons vu arriver au cabinet de Henri III, il y entra en souriant.
—Ah! c'est vous, mon cousin, dit le roi, comme vous menez grand bruit! Est-ce que les trompettes ne sonnent pas? Il m'avait semblé les entendre.
—Sire, répondit le duc, les trompettes ne sonnent à Paris que pour le roi, en campagne que pour le général, et je suis trop familier à la fois avec la cour et avec les champs de bataille pour m'y tromper. Ici les trompettes feraient trop de bruit pour un sujet; là-bas elles n'en feraient point assez pour un prince.
Henri se mordit les lèvres.
—Par la mordieu! dit-il après un silence employé à dévorer des yeux le prince lorrain, vous êtes bien reluisant, mon cousin? est-ce que vous arrivez du siège de la Charité d'aujourd'hui seulement?
—D'aujourd'hui seulement, oui, sire, répondit le duc avec une légère rougeur.
—Ma foi, c'est beaucoup d'honneur pour nous, mon cousin, que votre visite, beaucoup d'honneur, beaucoup d'honneur.
Henri III répétait les mots quand il avait trop d'idées à cacher, comme on épaissit les rangs des soldats devant une batterie de canons qui ne doit être démasquée qu'à un certain moment.
—Beaucoup d'honneur, répéta Chicot avec une intonation si exacte, qu'on eût pu croire que ces deux mots venaient encore du roi.