—Sire, je m'entends; cette confiance dont je parle a rapport à la proposition que je compte vous faire.
—Ah! ah! vous avez à me proposer quelque chose, mon cousin? Alors parlez avec confiance, comme vous dites, avec toute confiance. Qu'avez-vous à nous proposer?
—L'exécution d'une des plus belles idées qui aient encore ému le monde chrétien depuis que les croisades sont devenues impossibles.
—Parlez, duc.
—Sire, continua le duc, mais cette fois en haussant la voix de manière à être entendu de l'antichambre, sire, ce n'est pas un vain titre que celui de roi très-chrétien, il oblige à un zèle ardent pour la défense de la religion. Le fils aîné de l'Église, et c'est votre titre, sire, doit être toujours prêt à défendre sa mère.
—Tiens, dit Chicot, mon cousin qui prêche avec une grande rapière au côté et une salade en tête; c'est drôle! ça ne m'étonne plus que les moines veuillent faire la guerre; Henri, je te demande un régiment pour Gorenflot.
Le duc feignit de ne pas entendre; Henri croisa ses jambes l'une sur l'autre, posa son coude sur son genou et emboîta son menton dans sa main.
—Est-ce que l'Église est menacée par les Sarrasins, mon cher duc? demanda-t-il, ou bien aspireriez-vous par hasard au titre de roi… de Jérusalem?
—Sire, reprit le duc, cette grande affluence de peuple qui me suivait en bénissant mon nom ne m'honorait de cet accueil, croyez-le bien, que pour payer l'ardeur de mon zèle à défendre la foi. J'ai déjà eu l'honneur de parler à Votre Majesté, avant son avénement au trône, d'un projet d'alliance entre tous les vrais catholiques.
—Oui, oui, dit Chicot; oui, je m'en souviens, moi, la Ligue, ventre de biche! Henri, la Ligue, par Saint-Barthélemy; la Ligue, mon roi; sur ma parole, tu es bien oublieux, mon fils, de ne point te souvenir d'une si triomphante idée.