—Voyons, monsieur, dit-il, que demandez-vous?… Au but… au but….

—Je demande, sire, car la popularité de mon roi m'est plus chère encore peut-être que la mienne, je demande que Votre Majesté montre clairement qu'elle nous est aussi supérieure dans son zèle pour la religion catholique que pour toutes les autres choses, et qu'elle ôte ainsi tout prétexte aux mécontents de recommencer les guerres.

—Ah! s'il ne s'agit que de guerre, mon cousin, dit Henri, j'ai des troupes, et rien que sous vos ordres vous tenez, je crois, dans le camp que vous venez de quitter pour me donner ces excellents conseils, près de vingt-cinq mille hommes.

—Sire, quand je parle de guerre, j'aurais dû peut-être m'expliquer.

—Expliquez-vous, mon cousin; vous êtes un grand capitaine, et j'aurai, vous n'en doutez pas, plaisir à vous entendre discourir sur de pareilles matières.

—Sire, je voulais dire que, par le temps qui court, les rois sont appelés à soutenir deux guerres, la guerre morale, si je puis m'exprimer ainsi, et la guerre politique, la guerre contre les idées et la guerre contre les hommes.

—Mordieu! dit Chicot, comme c'est puissamment exposé!

—Silence! fou, dit le roi.

—Les hommes, continua le duc, les hommes sont visibles, palpables, mortels; on les joint, on les attaque, on les bat; et, quand on les a battus, on leur fait leur procès et on les pend, ou mieux encore.

—Oui, dit Chicot, on les pend sans leur faire leur procès; c'est plus court et plus royal.