—Tenez, en vérité, Quélus, avec vos maximes absurdes et vos grosses joues boursouflées, vous me faites l'effet d'être, en politique, de la force du Gilles de la foire Saint-Laurent.

Quélus pivota sur son coussin et tourna irrévérencieusement le dos au roi.

—Voyons, Maugiron, reprit Henri, ai-je raison ou tort, mordieu! et doit-on me bercer avec des fadaises et des lieux communs, comme si j'étais un roi vulgaire ou un marchand de laine qui craint de perdre son chat favori?

—Eh! sire, dit Maugiron qui était toujours et en tout point de l'avis de Quélus, si vous n'êtes pas un roi vulgaire, prouvez-le en faisant le grand roi. Que diable! voilà Narcisse, c'est un bon chien, c'est une bonne bête; mais, quand on lui tire les oreilles, il grogne, et quand on lui marche sur les pattes, il mord.

—Bon! dit Henri, voilà l'autre qui me compare à mon chien.

—Non pas, sire, dit Maugiron; vous voyez bien, au contraire, que je mets Narcisse fort au-dessus de vous, puisque Narcisse sait se défendre et que Votre Majesté ne le sait pas.

Et, à son tour, il tourna le dos à Henri.

—Allons, me voilà seul, dit le roi; fort bien, continuez, mes bons amis, pour qui l'on me reproche de dilapider le royaume; abandonnez-moi, insultez-moi, égorgez-moi tous; je n'ai que des bourreaux autour de ma personne, parole d'honneur. Ah! Chicot! mon pauvre Chicot, où es-tu?

—Bon, dit Quélus, il ne nous manquait plus que cela. Voilà qu'il appelle Chicot, à présent.

—C'est tout simple, répondit Maugiron.