—Hein, se dit-il tout bas, se douterait-il de quelque chose, et m'aurait-il envoyé ce Chicot pour m'espionner?…

Puis tout haut:

—Voyons, monsieur Chicot, au fait, vous savez que nous n'avons plus que quelques minutes.

Optime, dit Chicot; quelques minutes, c'est beaucoup: en quelques minutes on se dit bien des choses. Je vous dirai donc qu'en effet j'aurais pu me dispenser de vous questionner, attendu que, si vous n'êtes pas de la sainte Ligue, vous en serez bientôt, indubitablement, attendu que M. d'Anjou en est.

—M. d'Anjou! qui vous a dit cela?

—Lui-même parlant à ma personne, comme disent ou plutôt comme écrivent messieurs les gens de loi, comme écrivait par exemple ce bon et cher M. Nicolas David, ce flambeau du forum parisiense, lequel flambeau s'est éteint sans qu'on sache qui a soufflé dessus; or vous comprenez bien que si M. le duc d'Anjou est de la Ligue, vous ne pouvez vous dispenser d'en être, vous qui êtes son bras droit, que diable! La Ligue sait trop bien ce qu'elle fait pour accepter un chef manchot.

—Eh bien, monsieur Chicot, après! dit Bussy d'un ton évidemment plus courtois qu'il n'avait été jusque-là.

—Après, reprit Chicot. Eh bien, après, si vous en êtes, ou si l'on croit seulement que vous devez en être, et on le croira certainement, il vous arrivera, à vous, ce qui est arrivé à Son Altesse Royale.

—Qu'est-il donc arrivé à Son Altesse Royale? s'écria Bussy.

—Monsieur, dit Chicot en se relevant et en imitant la pose qu'avait prise Bussy un instant auparavant, monsieur, je n'aime pas les questions, et, si vous me permettez de le dire tout de suite, je n'aime pas les questionneurs; j'ai donc grande envie de vous laisser faire, à vous, ce qu'on a fait cette nuit à votre maître.