La péroraison parut concluante, et l'on parla d'autre chose, tout en décidant néanmoins que, d'heure en heure, on continuerait de faire une visite dans la chambre de M. d'Anjou.

Les mignons avaient parfaitement raison en ceci: que le duc d'Anjou ne tenterait jamais de fuir de vive force, et que, d'un autre côté, il ne se déciderait jamais à une évasion périlleuse on difficile.

Ce n'est pas qu'il manquât d'imagination, le digne prince, et, nous devons même le dire, son imagination se livrait à un furieux travail, tout en se promenant de son lit au fameux cabinet occupé, pendant deux ou trois nuits, par la Mole, quand Marguerite l'avait recueilli pendant la soirée de la Saint-Barthélemy.

De temps en temps, la figure pâle du prince allait se coller aux carreaux de la fenêtre donnant dans les fossés du Louvre. Au delà des fossés s'étendait une grève d'une quinzaine de pieds de large, et, au delà de cette grève, on voyait, au milieu de l'obscurité, se dérouler la Seine, calme comme un miroir.

De l'autre côté, au milieu des ténèbres, se dressait comme un géant immobile: c'était la tour de Nesle.

Le duc d'Anjou avait suivi le coucher du soleil dans toutes ses phases; il avait suivi, avec l'intérêt qu'accorde le prisonnier à ces sortes de spectacles, la dégradation de la lumière et les progrès de l'obscurité. Il avait contemplé cet admirable spectacle du vieux Paris, avec ses toits dorés, à une heure de distance, par les derniers feux du soleil, et argentés par les premiers rayons de la lune; puis, peu à peu, il s'était senti saisi d'une grande terreur en voyant d'immenses nuages rouler au ciel et annoncer, en s'accumulant au-dessus du Louvre, un orage pour la nuit.

Entre autres faiblesses, le duc d'Anjou avait celle de trembler au bruit de la foudre.

Alors il eût donné bien des choses pour que les mignons le gardassent encore à vue, dussent-ils l'insulter en le gardant.

Cependant il n'y avait pas moyen de les rappeler: c'était donner trop beau jeu à leurs railleries.

Il essaya de se jeter sur son lit, impossible de dormir; il voulut lire, les caractères tourbillonnaient devant ses yeux comme des diables noirs; il tenta de boire, le vin lui parut amer; il frôla du bout des doigts le luth d'Aurilly resté suspendu à la muraille, mais il sentit que la vibration des cordes agissait sur ses nerfs de telle façon qu'il avait envie de pleurer.