—Allons, dit-il, voyant que les rangs devenaient de plus en plus compacts, c'est bon; vous êtes braves comme des lions, c'est convenu, et j'en rendrai témoignage. Mais vous voyez qu'il ne vous reste plus que vos manches de hallebardes, et que vous ne savez pas charger vos mousquets. J'avais résolu d'entrer dans la ville, mais j'ignorais qu'elle était gardée par une armée de Césars. Je renonce à vous vaincre; adieu, bonsoir, je m'en vais. Dites seulement au prince que j'étais venu exprès de Paris pour le voir.
Cependant le capitaine était parvenu à communiquer le feu à la mèche de son mousquet; mais, au moment où il appuyait la crosse à son épaule, Antraguet lui cingla de si furieux coups de sa canne flexible sur les doigts, qu'il lâcha son arme et qu'il se mit à sauter alternativement sur le pied droit et sur le pied gauche.
—A mort! à mort! crièrent les miliciens meurtris et enragés, ne le laissons pas fuir! qu'il ne puisse pas s'échapper!
—Ah! dit Antraguet, vous ne vouliez pas me laisser entrer tout à l'heure, et voilà maintenant que vous ne voulez plus me laisser sortir; prenez garde! cela va changer ma tactique: au lieu d'user du plat, j'userai de la pointe; au lieu d'abattre les hallebardes, j'abatterai les poignets. Çà, voyons, mes agneaux d'Anjou, me laisse-t-on partir?
—Non! à mort! à mort! il se lasse! assommons-le!
—Fort bien! c'est pour tout de bon, alors?
—Oui! oui!
—Eh bien! gare les doigts, je coupe les mains!
Il achevait à peine, et se mettait en mesure de mettre sa menace à exécution, quand un second cavalier apparut à l'horizon, accourant avec la même frénésie, entra dans la barrière au triple galop, et tomba comme la foudre au milieu de la mêlée, qui tournait peu à peu en véritable combat.
—Antraguet, cria le nouveau venu, Antraguet! eh! que diable fais-tu au milieu de tous ces bourgeois?