—Je vous avais fait toutes ces recommandations, monseigneur, parce que j'ignorais dans quel but était venue madame Catherine. Mais maintenant que je vois qu'elle est venue pour la plus grande gloire et pour la plus grande fortune de Votre Altesse….
—Comment! fit le duc, pour ma plus grande gloire et pour ma plus grande fortune; comment comprends-tu donc cela?
—Sans doute, reprit Bussy; que veut Votre Altesse, voyons? Triompher de ses ennemis, n'est-ce pas? car je ne pense point, comme l'avancent certaines personnes, que vous songiez à devenir roi de France.
Le duc regarda sournoisement Bussy.
—Quelques-uns vous le conseilleront peut-être, monseigneur, dit le jeune homme; mais ceux-là, croyez-le bien, ce sont vos plus cruels ennemis; puis, s'ils sont trop tenaces, si vous ne savez comment vous en débarrasser, envoyez-les-moi: je les convaincrai qu'ils se trompent.
Le duc fit la grimace.
—D'ailleurs, continua Bussy, examinez-vous, monseigneur, sondez vos reins, comme dit la Bible; avez-vous cent mille hommes, dix millions de livres, des alliances à l'étranger; et puis, enfin, voulez-vous aller contre votre seigneur?
—Monseigneur ne s'est pas gêné d'aller contre moi, dit le duc.
—Ah! si vous le prenez sur ce pied-là, vous avez raison; déclarez-vous, faites-vous couronner et prenez le titre de roi de France, je ne demande pas mieux que de vous voir grandir, puisque, si vous grandissez, je grandirai avec vous.
—Qui te parle d'être roi de France? repartit aigrement le duc; tu discutes là une question que jamais je n'ai proposé à personne de résoudre, pas même à moi.