—Pour aller à Méridor, je veux faire mes compliments de condoléance à madame Diane. D'ailleurs, cette visite était projetée depuis longtemps, et je ne sais comment elle ne s'est pas faite encore; mais je ne la retarderai pas davantage. Corbleu! je ne sais pas pourquoi, mais j'ai le coeur aux compliments aujourd'hui.
—Ma foi, se dit Bussy en lui-même, à présent que le Monsoreau est mort et que je n'ai plus peur qu'il vende sa femme au duc, peu m'importe qu'il la revoie; s'il l'attaque, je la défendrai bien tout seul. Allons, puisque l'occasion de la revoir m'est offerte, profitons de l'occasion.
Et il sortit pour donner l'ordre de seller les chevaux.
Un quart d'heure après, tandis que Catherine dormait ou feignait de dormir pour se remettre des fatigues du voyage, le prince, Bussy, dix gentilshommes, montés sur de beaux chevaux, se dirigeaient vers Méridor avec cette joie qu'inspirent toujours le beau temps, l'herbe fleurie et la jeunesse, aux hommes comme aux chevaux.
A l'aspect de cette magnifique cavalcade, le portier du château vint au bord du fossé demander le nom des visiteurs.
—Le duc d'Anjou! cria le prince.
Aussitôt le portier saisit un cor et sonna une fanfare qui fit accourir tous les serviteurs au pont-levis.
Bientôt ce fut une course rapide dans les appartements, dans les corridors et sur les perrons; les fenêtres des tourelles s'ouvrirent; on entendit un bruit de ferrailles sur les dalles, et le vieux baron parut au seuil, tenant à la main les clefs de son château.
—C'est incroyable comme Monsoreau est peu regretté, dit le duc; vois donc, Bussy, comme tous ces gens-là ont des figures naturelles.
Une femme parut sur le perron.