—Oui, mon fils, s'écria le révérend abbé, allez et marchez dans la voie du Seigneur.
Gorenflot fit seller Panurge, l'enfourcha avec l'aide de deux vigoureux moines et sortit du couvent vers les sept heures du soir.
C'était le jour même où Saint-Luc était arrivé de Méridor. Les nouvelles qui venaient de l'Anjou tenaient Paris en émotion.
Gorenflot, après avoir suivi la rue Saint-Étienne, venait de prendre à droite et de dépasser les Jacobins, quand tout à coup Panurge tressaillit: une main vigoureuse venait de s'appesantir sur sa croupe.
—Qui va là? s'écria Gorenflot effrayé.
—Ami, répliqua une voix que Gorenflot crut reconnaître.
Gorenflot avait bonne envie de se retourner; mais, comme les marins, qui, toutes les fois qu'ils s'embarquent, ont besoin d'habituer de nouveau leur pied au roulis, toutes les fois que Gorenflot remontait sur son âne, il était quelque temps à reprendre son centre de gravité.
—Que demandez-vous? dit-il.
—Voudriez-vous, mon respectable frère, reprit la voix, m'indiquer le chemin de la Corne-d'Abondance?
—Morbleu! s'écria Gorenflot au comble de la joie, c'est M. Chicot en personne.