Le duc s'arrêta, n'osant prononcer les mots qui devaient naturellement suivre ceux qu'il venait de dire.

Monsoreau acheva la pensée du duc.

—Pour but de vous faire roi de France; oui, monseigneur.

Le duc sentit la rougeur de la joie lui monter au visage.

—Mais, demanda-t-il, le moment est-il favorable?

—Votre sagesse en décidera.

—Ma sagesse?

—Oui, voici les faits, faits visibles, irrécusables.

—Voyons.

—La nomination du roi comme chef de la Ligue n'a été qu'une comédie, vile appréciée, et jugée aussitôt qu'appréciée. Or, maintenant; la réaction s'opère, et l'État tout entier se soulève contre la tyrannie du roi et de ses créatures. Les prêches sont des appels aux armes, les églises des lieux où l'on maudit le roi en place de prier Dieu. L'armée frémit d'impatience, les bourgeois s'associent, nos émissaires ne rapportent que signatures et adhésions nouvelles à la Ligue; enfin le règne de Valois touche à son terme. Dans une pareille occurrence, MM. de Guise ont besoin de choisir un compétiteur sérieux au trône, et leur choix s'est naturellement arrêté sur vous. Maintenant renoncez-vous à vos idées d'autrefois?