Quélus, voyant qu'on ne pouvait, dans ce logis royal, aborder sérieusement un sujet, si sérieux qu'il fût, tant l'habitude avait rendu tout le monde frivole, soupira, haussa les épaules, et se leva dépité.

—Sire, dit d'Épernon en se dandinant, il s'agit cependant de graves matières.

—De graves matières? répéta Henri.

—Sans doute, si toutefois la vie de huit braves gentilshommes semble mériter à Votre Majesté la peine qu'on s'en occupe.

—Qu'est-ce à dire? s'écria le roi.

—C'est à dire que j'attends que le roi veuille bien m'écouter.

—J'écoute, mon fils, j'écoute, dit Henri en posant sa main sur l'épaule de Quélus.

—Eh bien, je vous disais, sire, que nous avions causé sérieusement; et, maintenant, voici le résultat de nos entretiens: la royauté est menacée, affaiblie.

—C'est-à-dire que tout le monde semble conspirer contre elle, s'écria
Henri.

—Elle ressemble, continua Quélus, à ces dieux étranges qui, pareils aux dieux de Tibère et de Caligula, tombaient en vieillesse sans pouvoir mourir, et continuaient à marcher dans leur immortalité par le chemin des infirmités mortelles. Ces dieux, arrivés à ce point-là, ne s'arrêtent, dans leur décrépitude toujours croissante, que si un beau dévouement de quelque sectateur les rajeunit et les ressuscite. Alors, régénérés par la transfusion d'un sang jeune, ardent et généreux, ils recommencent à vivre et redeviennent forts et puissants. Eh bien, sire, votre royauté est semblable à ces dieux-là, elle ne peut plus vivre que par des sacrifices.