—Moi et ces messieurs, dit le jeune homme avec le sentiment de fierté qui grandit tout homme jouant sa vie pour un principe ou pour une passion; moi et ces messieurs, nous nous dévouons, sire.
—A quoi?
—A votre salut.
—Contre qui?
—Contre vos ennemis.
—Des haines de jeunes gens, s'écria Henri.
—Oh! voilà l'expression du préjugé vulgaire, sire; et la tendresse de Votre Majesté pour nous est si généreuse, qu'elle consent à se déguiser sous ce trivial manteau; mais nous la reconnaissons. Parlez en roi, sire, et non en bourgeois de la rue Saint-Denis. Ne feignez pas de croire que Maugiron déteste Antraguet, que Schomberg est gêné par Livarot, que d'Épernon jalouse Bussy, et que Quélus en veut à Ribérac. Eh! non pas, ils sont tous jeunes, beaux et bons; amis et ennemis, tous pourraient s'aimer comme frères. Mais ce n'est point une rivalité d'hommes à hommes qui nous met l'épée à la main, c'est la querelle de France contre Anjou, la querelle du droit populaire contre le droit divin; nous nous présentons comme champions de la royauté dans cette lice où descendent des champions de la Ligue, et nous venons vous dire: «Bénissez-nous, seigneur; souriez à ceux qui vont mourir pour vous. Votre bénédiction les fera peut-être vaincre, votre sourire les aidera à mourir.»
Henri, suffoqué par les larmes, ouvrit ses bras à Quélus et aux autres. Il les réunit sur son coeur; et ce n'était pas un spectacle sans intérêt, un tableau sans expression, que cette scène où le mâle courage s'alliait aux émotions d'une tendresse profonde, que le dévouement sanctifiait à cette heure.
Chicot, sérieux et assombri, Chicot, la main sur son front, regardait du fond de l'alcôve, et cette figure, ordinairement refroidie par l'indifférence ou contractée par le rire du sarcasme, n'était pas la moins noble et la moins éloquente des six.
—Ah! mes braves! dit enfin le roi, c'est un beau dévouement, c'est une noble tâche, et je suis fier aujourd'hui, non pas de régner sur la France, mais d'être votre ami. Toutefois, comme je connais mes intérêts mieux que personne, je n'accepterai pas un sacrifice dont le résultat, glorieux en espérance, me livrerait, si vous veniez à échouer, entre les mains de mes ennemis. Pour faire la guerre à Anjou, France suffit, croyez-moi. Je connais mon frère, les Guise et la Ligue: souvent, dans ma vie, j'ai dompté des chevaux plus fougueux et plus insoumis.