Et ils se précipitèrent sur les mains du roi, qui les embrassa tous encore une fois, et rentra dans son oratoire en fondant en larmes.
—Notre cartel est tout rédigé, dit Quélus; il ne faut qu'y mettre le jour et l'heure. Écris, Maugiron, sur cette table… avec la plume du roi; écris: «Le lendemain de la Fête-Dieu!»
—Voilà qui est fait, répondit Maugiron; quel est le héraut qui portera cette lettre?
—Ce sera moi, s'il vous plaît, dit Chicot en s'approchant; seulement je veux vous donner un conseil, mes petits: Sa Majesté parle de jeûnes, de macérations et de châsses… c'est merveilleux comme voeu fait après une victoire; mais, avant le combat, j'aime mieux l'efficacité d'une bonne nourriture, d'un vin généreux, d'un sommeil solitaire de huit heures par jour ou par nuit. Rien ne donne au poignet la souplesse et le nerf comme une station de trois heures à table,—sans ivresse du moins.—J'approuve assez le roi sur le chapitre des amours, cela est trop attendrissant, vous ferez bien de vous en sevrer.
—Bravo, Chicot! s'écrièrent ensemble les jeunes gens.
—Adieu, mes petits lions, répondit le Gascon, je m'en vais à l'hôtel de Bussy.
Il fit trois pas et revint.
—A propos, dit-il; ne quittez pas le roi pendant ce beau jour de la
Fête-Dieu; n'allez à la campagne ni les uns ni les autres: demeurez au
Louvre comme une poignée de paladins. C'est convenu, hein? Oui; alors
je vais faire votre commission.
Et Chicot, sa lettre à la main, ouvrit l'équerre de ses longues jambes, et disparut.